‹ Théâtre de George SandChapitre 22 sur 142 · M. VANDERKE, FULGENCE · texte numérisé non relu

M. VANDERKE, FULGENCE

M. VANDERKE, à Fulgence qui rêve.

Eh bien, nous voilà seuls, Fulgence, et je crois qu'il est

bon pour vous d'ouvrir votre cœur et de demander conseil à un

homme qui a le double de votre âge, et qui peut être meilleur juge que vous de certaines choses delà vie.

FULGESCE.

Ah! monsieur Vanderke, votre douceur me touche... je crois à votre sagesse... mais n'exigez pas... non! je ne veux rien vous dire.

H. VANDERKE

J'essayerai donc de deviner. Peut-être que votre condition ici vous semble trop médiocre, et que vous craignez de ne pouvoir pas bien élever une famille avec les honoraires...

FULGENCE

Non. monsieur, non! Voilà ce qui me mortifie : c'est que vous me supposiez des vues intéressées, quand c'est le contraire, quand je suis honteux... et faut-il le dire, mécontent.... blessé, de la dot que vous avez faite a Victorine aujourd'hui.

M. VAXDERKE. Cétu.iia t avec attention.

Mécontent! blessé! pourquoi cela? Ne savez-vous pas qu'Ai ! ine est mon serviteur, mon compagnon et mon ami depuis trente ans? que nous avons souffert et combattu ensemble, qu'il m'a donné mille preuves de sa fidélité, de sa vertu? Enfin, que tout dernièrement, dans un duel qu'a eu mon fils, il voulait attaquer son adversaire et se faire tuer pour forcer celui-ci à prendre la fuite? Vous trouvez surprenant, inquiétant pour votre honneur i: appuie ?ur ces mots) que je dote modestement la fille d'un tel homme?

FOLGENCE, à part.

Pour mon honneur!... Il semble lire dans mes pensées!

M . VA NDERKE.

Eh bien! vous ne répondez pas? Qu'y a-t-il là d'extraordinaire'.''

FULGENCE, ébranlo.

Rien, monsieur, oh ! certainement rien. J'ai trop d'orgueil... mais que vous dirai-je? '«« amertume) les bienfaits m'humilient!

M. VANDERKE

Tant pis pour vous! je n'aime pas qu'on se méfie sans sujet des bonnes intentions.

FULGENCE

Sans sujet!...

M. VANDEREE.

Dites donc celui de votre méfiance, allons!...

FULGENCE

Je... je n'ai pas de méfiance contre vous, monsieur! ce serait de l'ingratitude, je le sens... mais que voulez-vous? je ne puis me changer... je voudrais que ma femme ne dût qu'à moi l'aisance, les plaisirs de sa jeunesse, et la sécurité de ses vieux jours. Je voudrais être son unique soutien, son seul ami! Je suis né jaloux!... oui, je le suis de ce que j'aime, et je le suis des choses qui vous paraissent peut-être les plus insignifiantes... Je ne sais pas si j'oserai jamais tutoyer Victorine, tant je la respecte, et ici tout le monde la tutoie. Enfin, elle est si choyée, si aimée dans votre maison, que ses affections ne pourraient s'y concentrer sur moi, et que j'aurais la rage secrète de ne pouvoir être seul consacré à son bonheur.

M. VANDERKE

Je vous ai compris, monsieur, parfaitement compris.

FULGENCE

Et vous me blâmez?

M. VANDEREE.

Nullement. La tendresse exclusive, absolue, est le droit le plus sacré de l'amour et du mariage. Je ne chercherai donc pas à vous détourner de vos résolutions; mais il faut que la

jeune Yictorine vous aime assez pour les accepter sans regret. Je vous conseille donc de retarder votre union avec elle jusqu'à ce que vous lui inspiriez assez de confiance pour qu'elle vous suive avec joie et dévouement.

FULGENCE

Ah! monsieur!... vous me sauvez! Je vous remercie, je

VOUS bénis, je Suivrai VOS Conseils, (m. Vanderle loi tend la main; Fulgence la serre avec émotion en s'inclinant un peu: mais sans se livrer bien complètement.)

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