‹ Théâtre de George SandChapitre 24 sur 142 · M. VANDERKE, ANTOINE · texte numérisé non relu

M. VANDERKE, ANTOINE

M. VANDERKE, omu.

Antoine, tu veux donc me quitter, toi aussi?

ANTOINE

Vous quitter, moi ? jamais ! à moins que vous ne me chassiez.

M. VANDERKE

Tu trompes donc ta fille ?

ANTOINE

11 le faut bien! si je ne lui promettais pas d'aller vivre auprès d'elle, jamais elle ne voudrait suivre son mari.

M. VANDERKE

Ainsi sa plus grande, sa véritable douleur eût été celle de se séparer de son père?

ANTOINE

Sans doute, puisque après ma promesse elle n'a plus fait de résistance.

M. VANDERKE

Mais as-tu bien pesé les raisons que Fulgence croit avoir pour s'éloigner de nous? les connais-tu?

ANTOINE, soucieux.

Non!

M. VANDERKE

Tu as eu cependant bien l'air de les comprendre, puisque tu y as cédé sans même les demander.

ANTOINE, embarrassé.

Que sais-je? si c'est son idée! vous le ferez entrer dans quelque bonne maison de commerce où il gagnera bien sa

vie; il y sera moins libre, moins heureux qu'ici, mais puisque c'est son idée !

M. VANDERKE . l'obsen

Tu prends ton parti bien aisément, sur cette séparation, sur l'absence de ta fille.

ANTOINE . Irislo.

Bah! si c'est l'idée de Victorine!

M. VANDERKE

Oh! ce n'est pas l'idée de Victorine, c'est la tienne, Antoine.

ANTOINE, un peu impatiente.

Eh bien! si c'est mon idée à moi!

M. VANDERKE

Antoine, tu ne veux rien me dire, mais je sais tout.

ANTOINE, trouWé.

Vous savez, vous savez... Qu'est-ce que vous savez? Il n'y a rien à savoir, que diable! Il n'y a rien, rien!...

M. VANDERKE

Il y a que Fulgence est jaloux. [N'est-ce rien, cela?

Il vous a dit qu'il était jaloux? il ne sait ce qu'il dit! Il ne peut pas être jaloux ! Et de qui le serait-il ? qu'est-ce qu'il a dit?

M. VANDERKE

Il n'a rien dit. mais j'ai compris; j'aurais dû comprendre plus tôt. deviner, prévoir. Tu aurais dû prévoir et deviner aussi, toi! Antoine, tu m'aimes trop!

ANTOINE

Comment? comment cela?

M. VANDERKE

Oui, plutôt que d'éclairer ma conscience, tu me. laisserais devenir ineral envers toi !

LE MARIAGE DE VICTOIIINE. ôl

ANTOINE, chagrin.

Je ne vous entends pas, mais je vois que vous me grondez parce que je vous aime plus que tout au monde, et ce n'est pas bien de votre part.

M. VANDERKE

Tu ne dois pas m'aimer plus que ta fille: tu as envers elle des devoirs plus sacrés qu'envers moi, tu dois compte à Dieu de ses vertus et de son bonheur, bea'ucoup plus que de mes intérêts et de mon repos.

ANTOINE

Mais enfin, me direz-vous...

M. VANDERKE

Je ne te dirai rien, puisque tu as des secrets pour moi ! je parlerai à...

A ma fille? oh! non pas! je vous en prie! Pas un mot qui puisse faire croire à Victorine que vous ou moi pouvons nous occuper de cela.

M. VANDERKE, étonné.

Je n'avais pas l'intention de m'adresser à Victorine. C'est mon fils que je veux interroger sévèrement.

ANTOINE

Votre fils!... y songez-vous? vous voulez donc lui dire... lui donner à penser... lui faire deviner... Mais non! mais non! il ne faut pas qu'il ait la moindre idée...

M. VANDERKE

De quoi donc?...

ANTOINE, embarrassé.

De... de ce que vous pensez!

M. VANDERKE

De la jalousie de Fulgence?

ANTOINE, vivement.

Oui, oui, c'est cela, la jalousie de Fulgence. C'est une folie, une pure folie, et si on s'en occupe, ce sera pire.

M. VAXDERKE.

Mon fils ne s'en est donc pas aperçu?

ANTOINE

Comnïent s'en serait-il aperçu? Est-ce sa faute, à lui, si monsieur Fulgence est jaloux?

M. VAXDERKE.

Et Victorine?

ANTOINE, avec effort.

Yictorine ne s'en doute pas non plus.

M. VAXDERKE.

C'est bien la preuve que mon fils ne lui a jamais dit un mot qui pût faire croire qu'il la voyait avec d'autres yeux que ceux d'un frère. Cependant Yictorine a beaucoup de chagrin!...

ANTOINE, allant repor'er au fon 1, a droite, le fauteuil

Oh! si elle a du chagrin, tant pis ! on ne meurt pas de cela! vous me la gâteriez, vous, si je vous laissais faire!... Il faut qu'elle parte, il le faut!

M. VAXDERKE, frappé du trouble d'Antoine.

Il faut? Un moment! Cela ne m'est pas encore bien démontré... Ara me chercher Alexis.

ANTOINE

Que voulez-vous faire?

M. VAXDERKE.

TU le Verras! allons, Va! 'Antoine sort en hésitant par le jardin.)

M. VANDERKE, seul.

Non! mon fils n'est pas coupable, mais peut-être... des sentiments dont ni lui ni Victorine ne se rendent compte... Si Antoine était aveugle.:, cet excellent homme m'est dévoué comme un chien fidèle!... C'est beau, c'est bon, mais c'est plus. que l'homme ne doit à son semblable; trop d'affection peut égarer le jugement, et je ne dois ici m'en rapporter qua moi-même...

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