‹ Théâtre de George SandChapitre 3 sur 142 · VI CT 0 R I N E · texte numérisé non relu

VI CT 0 R I N E

Mais je ne trouve pas le temps long, je le trouve triste.

an r 01 NE.

Triste? il fait un temps superbe. Victorine... Je crois que ,; deviens folle !

VICTORINE

Et vous, mon papa, vous devenez sévère!... vous me parlez durement, euo se iwe. Voyons, qu'est-ce que vous avez donc contre moi depuis quelque temps?

ANTOINE , a lion In.

J'ai... j'ai... 'sévèrement.) j'ai que je n'ai pas le temps de m'occuper de vos vapeurs... de vos sottises... 'Retournant à son bureau.) Voîlù-t— il pas une fille bien à plaindie parce qu'on lui prépare un honnête mariage! (Revenant, ot fâché en voyant que viotorine pleure encore.) Allons . je veux savoir la cause de vos larmes, parlez!

Je vous jure, mon père, que je ne la sais pas moi-même. Je suis comme cela, j'ai des envies de pleurer, toujours plus souvent depuis que mon mariage est arrête.

ANTOINE

Vous ne voulez pas vous marier, parce que vous savez que je le veux. Est-ce cela?

VICTORINE

Je ne dis pas...

ANTOINE

Vous n'aimez pas Fulgence?

VICTORI NE

Mais si... je l'aime bien.

ANTOINE

Non, non, vous ne le trouvez pas assez élégant, assez joli pour vous !

VICTORINE

Oh! il est bien assez élégant pour moi.

ANTOINE

Vous n'estimez pas un honnête homme plus que tout?

VICTORINE

Oh! par exemple!

Il ne s'occupe pas assez de vous, il no cherche pas à vous plaire, et moi je ne sais pas ce que c'est que de choisir un gendre!

VICTORINE

Si, si, si, si!... Mon Dieu! si!

ANTOI N E.

Eh bien, alors, que voulez-vous donc? quel mariage prétendiez-vous faire? vous méprisez le rang de votre père ! Un commis, un homme qui travaille, fi donc! Il vous fallait un marquis, un prince?

VICTORINE

Moquez-vous de moi tant que vous voudrez, mon papa, mais j'ai peur de ne pas aimer assez mon mari... qu'il ne soit pas content de mon caractère... que je ne sois pas assez raisonnable pour lui... Enfin je trouve que c'est trop tôt de se marier à dix-sept ans.

ANTOINE, se mettant b. -ion bureau.

Plût à Dieu que vous fussiez mariée depuis longtemps!

VICTORINE

Oh! pourquoi donc?

ANTOINE

C'est inutile que vous me compreniez. Voyons, séchez vos bêtes d'yeux, et prenez votre ouvrage pendant que je vais faire le mien.

Est-ce (pie vous avez besoin que je reste ici, mon papa?

ANTOI N E.

Et où voulez-vous donc aller encore? vous n'êtes jamais avec moi.

VICTOR I NE

Oh! j'y resterai tant que vous voudrez, je ne suis jamais plus contente qu'avec vous. Mais pendant que vous faites vos chiffres, vous ne me regardez seulement pas; c'est comme si vous étiez seul.

ANTOINE

Eh bien, regardez-moi, vous! qui n'avez rien de mieux à

faire.

VICTORINE

Vous regarder?

ANTOINE

Oui . regardez-moi avec attention . lii . pendant que je tra vaille, et vous me direz ensuite à quoi vous avez pensé.

VICTORINE, allant prendre une chaise et venant s'asseoir

auprès -:.

Je veux bien, mon papa.

ANTOINE, après avoir broché rapidement une copie, quittant la plume et regardant sa fille.

Eh bien ?

VICTORINE

Eh bien, mon père ?

ANTOINE

A quoi pensez-vous?

Je pense à vous.

ANTOINE

Que pensez-vous de moi ?

VICTORINE

Que vous avez bien de la peine.

ANTOINE

Dieu! après?

VICTORINE

Que vous aimez bien votre maître, le bon monsieur Vanderke ; que vous voudriez mourir pour lui comme vous avez vécu pour lui, que vous prenez ses intérêts plus que les vôtres... que vous ne connaissez qu'une chose au monde, votre devoir, et que vous sacrifieriez à votre devoir votre bonheur.., le mien, enfin tout!

ANTOINE

Oui! vous devinez bien et vous pensez plus juste que vous n'en avez l'air. Et il en résulte?

VICTORINE

Que je dois vous imiter en tout : ne pas avoir une idée, une volonté que vous n'approuviez, et avoir toujours votre exemple devant les yeux.

ANTOINE

Ne perdez jamais cela de vue, et, à présent, si vous avez quelque affaire dans la maison, allez, je ne vous retiens pas.

VICTORINE, se levant.

Je vais voir si Sophie...

ANTOINE

Vous ne. vous déshabituerez pas de cette familiarité avec mademoiselle?

VICTORINE

Ah! Et vous, mon papa, vous ne vous habituerez jamais à l'appeler madame! Allons! je vais voir si ma jeune maîtresse

(à part, en remettant sa chaise a gauche), ma DOnne amie ! [hant] n'a

pas besoin de moi. Voulez-vous m'embrasser, mon père? (eh9

revient vers Antoine.)

ANTOINE, la regardant avec, intention.

Mérites-tu que je t'embrasse? Là, du fond du cœur?

VICTORINE

Oui!

ANTOINE, la regardant '

Rien sûr?

VICTOR! NE

Oh! bi(Ml SÙr? 'il l'ombrasse, r le fond en le rcga

Page 1