‹ Théâtre de George SandChapitre 5 sur 142 · ANTOINE, FULGENCE · texte numérisé non relu

ANTOINE, FULGENCE

FULGENCE

Monsieur vous envoie encore ces deux comptes à enregistrer.

ANTOINE . écrivant.

Bien! mets-les là.

FULGENCE, il les pose sur le Irarcau d\\ I

Mademoiselle Victorine n'est pas ici? Je ne l'ai pas encore vue aujourd'hui.

ANTOINE

Ali! voilà bien mes amoureux!

FULGENCE

M'en faites-vous un reproche, monsieur Antoine?

G DP. VICTORINE. 15

ANTOINE

Non, mon garçon, pourvu que ta besogne n'en souffre pas et que tu ne négliges rien...

FULGENCE

Le devoir est une religion pour moi comme pour vous, u

Ta au bureau ilchoul et se met un

ANTOINE

Je le sais. Aussi Je m'applaudis du choix que j'ai fait de toi pour mon gendre. Tu es un honnête homme, Fulgence, un homme rangé, ponctuel, raisonnable! Tu n'as rien, c'est vrai ! mais quand on est laborieux et modeste dans ses goûts, on est toujours assez riche.

FULGENCE, écriv

Sans doute. Cependant...

ANTOINE

Cependant, quoi? Ma fille n'est pas riche. Mes économies, je te l'ai dit, sont fort peu de chose, et je n'ai jamais souffert que monsieur Vanderke augmentât mes appointements... Mais toi, c'est différent! Tu as ici une place assez importante, tu es plus instruit, plus utile par conséquent que moi. Tu y es déjà depuis deux ans; et tu seras augmenté peu à peu en raison de tes services.

FULGENCE, venant au milieu.

Je ne l'exige pas. Monsieur Vanderke vient de doter richement sa fille et voilà son fils qui est d'âge à mener grand train... qui fera peut-être des dettes... Monsieur Vanderke paye bien ses commis; quand il y a surcroît de travail, il donne des gratifications fort honnêtes... Il y aurait injustice à demander davantage... et... je trouverais -urprenant qu'il y

SOngeàt. (il se remet m travail.)

ANTOINE

C'est bien; je suis satisfait de tes sentiments comme tu l'es

1,0 lOQ SOrt. Se levant et reportant à Fulgence les deux comptes qu'il lui a

donnés en entrant.] Vous serez logés et nourris ici.

F G L G ENCE , - i tournant aTec un peu d'émotion.

C'est trop de bontés ! Mais moi qui ne suis rien , qui n'ai rien!... Je me sens honteux...

ANTOINE, descendant la scène.

Ne parlons plus de cela. Je te trouve assez riche de ton courage et de ton travail.

FULGENCE

Vous êtes bien désintéressé, monsieur Antoine!

ANTOINE

Désintéressé, moi? Comment ne le serais-je pas? comment aimerais-je l'argent ? depuis le temps que j'en compte, que j'en reçois, que j'en verse, qu'jl en passe par mes mains et sous mes yeux... C'est ici comme une rivière... Je ne peux plus en être ébloui, et quand on nage en pleine eau, on n:a plus soif. J'ai un patron qui est si bon, si généreux, que si je lui disais un beau jour: Monsieur, j'ai envie... mais bien envie d'une de ces hottes d'écus que l'on vide tous les jours dans vos caisses, il me répondrait : Tu as envie de cela? Prends, mon cher Antoine, prends! Tu l'as bien gagné, et j'ai du plaisir à te contenter.

FULGENCE, attentif et soucieux.

Ali! monsieur Vanderke vous dirait cela?

ANTOINE

Oui certes! et je serais riche à cette heure, si j'avais accepté tout ce qu'il voulait me donner. Mais c'est un homme qui a tant de bien à faire, et qui le fait avec tant de plaisir, que quand je le vois à même de rendre quelque beau service, ou de donner quelque joli cadeau à ses enfants, j'y mettrais du mien en secret, plutôt que de le voir s'en priver.

PULGENCE, quittant sa place et venant à Antoine.

Vous ne' vous étiez jamais tant expliqué avec moi, monsieur Antoine, et ce que vous me dites me fait du bien ! Ainsi, vous n'avez pas l'ambition qu'ont presque tous les parents pour leurs enfants? vous n'avez jamais souhaité passionnément que votre fille fût riche?

ANTOINE

Jamais! En cela, je suis l'exemple de monsieur, qui ne souhaite pour les siens que l'honneur et une bonne renommée. Il serait malheureux dans le fond de son âme s'il les croyait avides. (Retournant à son bureau.) Tu sais son histoire ?

FULGENCE , retournant à son pupitre.

L'histoire de monsieur Vanderke ! Oui. Je sais, du moins, qu'il est Français, noble; qu'il s'appelle le baron de Clavières, qu'il a une sœur marquise, et qu'il a pris le nom qu'il porte pour continuer le commerce d'un négociant hollandais qui l'avait recueilli sur son navire, et plus tard adopté, lorsqu'il était jeune, pauvre, et poursuivi dans son pays pour les suites d'un duel.

ANTOINE

C'est cela. Et c'est ce qui te prouve qu'il n'a pas les préjugés de la naissance. Il n'a pas cru déroger, lui, en donnant sa vie au travail. Tu ne vois sur ses maisons et sur ses carrosses ni blason ni couronne, et tandis que beaucoup de traitants payent pour en avoir, lui qui en a n'en fait pas montre. Eh bien, il n'a pas plus l'amour de l'argent que celui des titres. Il s'est fait négociant par reconnaissance, il est resté négociant par amour de l'ordre et de l'activité. Il est devenu riche sans désirer autre chose que de donner l'exemple de la probité dans le commerce, et il l'a toujours donné. Il rit des reproches de sa sœur, des dédains de sa caste, et veut que ses enfants soient fiers de ses principes.

F IL G ENC K. avec on peu de dédain.

Hais son Bis ae les partage pas?

ANTOINE

Monsieur Alexis Vanderke n'a peut-être pas encore d'opi-

rêtées. î! est un peu séduit par le monde, mais c'est

un bon jeune homme, un digne enfant ! Je l'aime comme s'il

était mon ûls, et je sais, moi, qu'il continuera le bien que

fait SOn père... Ah. Chut! le VOilà. Pendant toute cette scène, Arbitre à écrire. T!s se déraDgent Di t, en parlant, -

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