CEL1A
Eh quoi ! a mon tour, je serai chassée et bannie d'auprès de toi ?
RO SALIN DE
Mon père ne s'arroge pas le droit de te bannir de ce territoire, dont une bien petite portion lui appartient. Il ne peut que te supplier...
CÉLIA.
Il consent Jonc à me voir?
ROSALINDE
Tu en doutes?
CÉLIA.
En ce cas, ma cause est gagnée. Je lui dirai des choses qu'il ignore, les terreurs qui assiègent quelquefois son frère, et qui me font toujours espérer l'heure du repentir... (aie va près de
la ou ■
JACQUES, assis.
L'heure du repentir sonne pour tous les pécheurs; mais ce n'est qu'une heure, et quand elle est passée, la vie d'enivrement et d'oubli reprend son cours.
CE LIA
En ce cas, le devoir de ceux qui nous aiment est de nous forcer à réfléchir plus d'une heure. Ma fuite doit avoir cet effet sur mon père, et si mon absence se prolonge, je jure que, pour me ramener, il révoquera la sentence d'exil prononcée contre le duc et ses amis.
JACQUES, su levant.
Pour que cela eût lieu, il faudrait qu'il fût possible de vous tenir cachée ici, et comme vous n'aurez jamais cette prudence !...
CÉLIA.
Ah ' taisez-vous, je vous prie, esclave; je ne \eux plus de vous que des louanges, (voyant R,u„d aU fond.) Mais n'est-ce pas
là notre jeune lutteur? Oui. je vois briller à son cou certaine chaine...
JACQUES, à céUa.
Cachez-vous, si vous ne voulez pas qu'il vous reconnaisse.
Il est trop tard, il m'a vue.
ROSALINDE. CE LIA, ROLAND, venait par le fond;
JACQUES
ROSALINDE, à Roland, qui salue Cclia.
Que voulez-vous, sire Roland, et pourquoi quittez-vous la chasse ?
ROLAND
Monsieur le page. je... je vous cherchais! et ma surprise est grande de rencontrer ici...
Monsieur, vous savez garder un secret, j'imagine. Je viens remplir, de la part de mon père, une mission auprès de mon
Oncle. (Elle va s'asseoir à droite.)
ROLAND
Il suffit, madame. Dois-je avertir le duc?...
ROSALINDE
Oui, allez... attendez... restez! (Bas àcéua.) Croirais-tu qu'il ne me reconnaît pas? Je suis donc bien déguisée, bien méconnaissable ?
CÉLIA.
C'est par discrétion, sans doute, qu'il fait semblant... Laisse-
• Roland, Rosalinde, Célia, assise; Jacques.
COMME IL VOUS PLAIRA. Ifi9
moi l'interroger, (a Roland.) Êtes-vous banni, monsieur, que nous vous rencontrons dans cette forêt?
ROLAND
Je me suis banni moi-même. Voyant que j'avais déplu au maître et me sachant menacé d'ailleurs... Permettez-moi de taire mes infortunes et de n'accuser personne.
CE LIA
On doit vous savoir gré de cette réserve; mais peut-on, sans indiscrétion, vous demander si vous n'avez pas quelque peine de cœur qui vous rend l'exil amer?
ROLAND
Madame, mon cœur est fort malade, et, en quelque lieu que je sois, il est condamné à la souffrance.
BOSALINDE, !,as a Célia.
Je veux lui parler comme ferait un page effronté. (Haut.) C'est-à-dire que monsieur soupire pour quelque laideron qu'il croit belle?
CÉLIA.
Il se sera épris à première vue, comme on dit.
ROLAND
Cela peut arriver à tout le monde. Il ne faut qu'un instant, un éclair...
JACQUES, raiUeur.
Oui, oui, un éclair de ses yeux, comme disent vos poètes.
ROLAND
Je connais peu les poètes. Je voudrais avoir leur science.
JACQUES
Pour chanter les attraits de...
ROSALINDE
Comment se nomme-t-elle ?