‹ Théatre de GoetheChapitre 121 sur 382 · SCÈNE 'I Là PRINCESSE, LÉONORE · texte numérisé non relu

SCÈNE 'I Là PRINCESSE, LÉONORE

LA PRINCESSE

Tu me regarde?, Léonore, et tu souris; tu te regardes toimême et tu souris eucore : qu'as-tu? dis-le à ton amie. Tu parais à la fois pensive et satisfaite.

Oui, princesse, je me plais à nous voir loutes deux parées ici de ces habits champêtres. Nous semblons d'heureuses bergères; et comme elles heureuses, nous travaillons, comme elles, à tresser des guirlandes. Celle-ci, formée par moi de simples fleurs, s'épaissit de plus en plus sous mes doigts; pour toi, d'un cœur plus grand et d'un esprit plus fier, lu as choisi le flexible laurier.

LA PRINCESSE

Ces rameaux, que j'ai enlacés tout en rêvant, ont déjà

ili TOr.QUATO TASSO.

trouvé une têle digue d'eux : je les place, en signe de recon-

naib^auce, sur le front de Viri^ile.

LÉONORE

Moi, jo pose ma riche et joyeuse guirlande sur le iVonl

élevé de maître Ludovico. (Elle couronne le bu>te de l'Ario^le.»

Qu'il ait aussi sa part des prémices du printemps noaveau, celui dont la grâce ne se llétrira jamais.

LA PRINCESSE

Que nous devons savoir gré à mou frère de nous avoir amenées à la campagne ! Nous pouvons y être à nous; nous pouvons, durant des heures entières, rêver que nous vivoiis dans l'âge d'or des poètes. J'aime Belnguardo; c'est là que j'ai passé tant de beaux jouis de ma jeunesse : cette verdure renaissante, ce soleil font revivre en moi le seulinient de ces temps heureux.

LÉONORE

Oui! un nouveau monde nous environne! L'ombre de ces arbres toujours vei ts a déjà des attraits, déjà le murmure de ces Ibntaines revient nous récréer; les jeunes rameaux se balancent, bercés par le souffle matinal; les fleurs des pai terres nous regardent amicalement de leurs yeux enlàiitins. Le jardinier consolé dépouille de leurs vêtements d'hivei' l'oranger et le citronnier; le ciel bleu dort au-dessus de nos tètes, et vers l'horizon la neige des montagnes lointaines se dissout en légère vapeur.

LA PRINCESSE

Le printemps serait le bienvenu, s'il ne devait pas m'en» lever mon amie.

LÉONORE

Ne me fais pas souvenir, à cette heure de sérénité, ô prîn cesse! qu'il faudra bientôt nous séparer.

LA. PRINCESSE

La grande ville te rendra au double ce que tu peux laisser ici.

LÉONORE

Le devoir, l'amour, me r;ip|)client près de l'i'pnux qui s"( st fi longlemp privé di moi. Je lui raaiènj un lils que celte

Page 1