SCÈNE 'I Là PRINCESSE, LÉONORE
LA PRINCESSE
Tu me regarde?, Léonore, et tu souris; tu te regardes toimême et tu souris eucore : qu'as-tu? dis-le à ton amie. Tu parais à la fois pensive et satisfaite.
Oui, princesse, je me plais à nous voir loutes deux parées ici de ces habits champêtres. Nous semblons d'heureuses bergères; et comme elles heureuses, nous travaillons, comme elles, à tresser des guirlandes. Celle-ci, formée par moi de simples fleurs, s'épaissit de plus en plus sous mes doigts; pour toi, d'un cœur plus grand et d'un esprit plus fier, lu as choisi le flexible laurier.
LA PRINCESSE
Ces rameaux, que j'ai enlacés tout en rêvant, ont déjà
ili TOr.QUATO TASSO.
trouvé une têle digue d'eux : je les place, en signe de recon-
naib^auce, sur le front de Viri^ile.
LÉONORE
Moi, jo pose ma riche et joyeuse guirlande sur le iVonl
élevé de maître Ludovico. (Elle couronne le bu>te de l'Ario^le.»
Qu'il ait aussi sa part des prémices du printemps noaveau, celui dont la grâce ne se llétrira jamais.
LA PRINCESSE
Que nous devons savoir gré à mou frère de nous avoir amenées à la campagne ! Nous pouvons y être à nous; nous pouvons, durant des heures entières, rêver que nous vivoiis dans l'âge d'or des poètes. J'aime Belnguardo; c'est là que j'ai passé tant de beaux jouis de ma jeunesse : cette verdure renaissante, ce soleil font revivre en moi le seulinient de ces temps heureux.
LÉONORE
Oui! un nouveau monde nous environne! L'ombre de ces arbres toujours vei ts a déjà des attraits, déjà le murmure de ces Ibntaines revient nous récréer; les jeunes rameaux se balancent, bercés par le souffle matinal; les fleurs des pai terres nous regardent amicalement de leurs yeux enlàiitins. Le jardinier consolé dépouille de leurs vêtements d'hivei' l'oranger et le citronnier; le ciel bleu dort au-dessus de nos tètes, et vers l'horizon la neige des montagnes lointaines se dissout en légère vapeur.
LA PRINCESSE
Le printemps serait le bienvenu, s'il ne devait pas m'en» lever mon amie.
LÉONORE
Ne me fais pas souvenir, à cette heure de sérénité, ô prîn cesse! qu'il faudra bientôt nous séparer.
LA. PRINCESSE
La grande ville te rendra au double ce que tu peux laisser ici.
LÉONORE
Le devoir, l'amour, me r;ip|)client près de l'i'pnux qui s"( st fi longlemp privé di moi. Je lui raaiènj un lils que celte