‹ Théatre de GoetheChapitre 132 sur 382 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

LÉOiNORE

Avec ([uelle ardeur je désirerais voir un jour de près cette cour !

ALPHONSE

Sans doiue pour y agir? car Léouore ne se coiileiUera jamais du sini|ilerôle de spectateur. Ne serait-il pas bieu doux, mon amie, de pouvoir mêler parfois ces belles mains aux jeux graves de la politique? N'est-ce uas?

LÉONORt.

Tu veux me fâcher, mais tu n'y parviendras point.

ALPHONSE

Oh! à cet égard, je suis depuis longtemps en reste avec toi.

LÉONORE

Eh bien donc, je ne m'acquitterai pas encore aujourd'hui. Pardonne et n'interromps pas mes questions. — (A Antonio.) A-t-il beaucoup fait pour ses neveux?

AMOKIO.

Ni plus ni moins que ce qu'il doit. L'homme puissant qui ne sait p;is veiller au bien de sa maison serait blâmé même par le peuple. Grégoire sait avec moilération tt me^ure faire du bien aux siens, qui servent l'État avec distinction, et il satisfait ainsi au double devoir de chef de famille et d'empire.

LE TASSE

Les sciences, les arts ont-ils à se louer de sa protection? Est-il jaloux d'imiter les grands princes des temps passés?

ANTONIO

11 honore la science en tant qu'elle est profitable, qu'elle apprend à gouverner l'État et à connaître les hommes ; il aime les arts en tant (ju'ils décorent et agrandissent sa ville ^e Rome ; les arts qui élèvent dans ses murs un palais, un temple, véritables merveilles ilu monde. Sous ses yeux personne n'ose rester oisif; tout ce qui veut être compté pour quelque chose doit agir et se rendre utile.

ALPHONSE

Enfin, ciois-tu que nous puissions bienlôt conclure noire

100 TORQUAÏO TASSO.

affaire avec lui? qu'ils^ne finiront point par nous susciter çà

et là qiieli|ues dilTiciiltés?

ANTONIO

Je me tronnperais fort, si la signature, si quelque lettre de ta part, ne faisnient aussitôt e! iiour jamais dispar.iître nos sujets de discorde.

ALPHONSE

Ce jour est donc pour moi un jour de bonlienr et de conquête. Je vois mes frontières étendues et assurées ponr l'avenir. Sans avoir recours aux armes, tu m'as valu ces heiueiix résnliats. Tu as bien mérité une couronne civique. 11 I iut (|ue, i);ir une belle matinée, nos femmes en tressent une des premiers rameaux de chêne, et la posent sur ton front. — Le Tasse, rependant, m'a aussi payé son tribut; il a conquis pour nous Jérusalem ; à la honte de la chrétienté moderne, c'est lui, c'est son noble courage, sa persévérance énergique, qui ont atteint uu but si haut et si éloigné; pour prix de ses efforts, tu le vois couronné.

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