‹ Théatre de GoetheChapitre 141 sur 382 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

AKTOlSiO.

Et cependant mes paroles te domient certainement à penser aiiti e chose que ce que je veux dire.

LE TASsE.

De cette manière, nous ne nous rapprocherons jamais pour nous entendre. Il n'es! pas sage, il n'est pas juste de méconiiaiire à dessein un homme, quel qu'il soit. Pour moi, c'e^t tout au plus si j avais besoin d'attendre que la princesse eût parlé; j'fi sans peine reconnu ce que tu vaux. Je sais que tu veux et que tu lais le bien; ton sort te laissant sans inquiétude pour toi-même, tu penses aux autres, tu viens à leui aide; ton cœur reste impassible au milieu des tlots si facilement agiles de la vie. C'est ainsi que je te juge; et, quel que je sois moi-même, n'ai-je pas été au-devant de toi? n'ai-je point i lierchc aussi avec empressement une part du trésor caché que tu mets en réserve? Je sais que tu n'as pas regret d'ouvrir ton âme; je sais que, lorsque tu me connaîtras, tu seras muii ami, et un pareil ami m'est depuis longtemps bien nércssaire; car je ne rougis point de mon inexpérience et de ma jeiutesse. Les nuages d'or de l'avenir enveloppent encore nia tèie. Oh! prends-moi, noble Antonio, sur ton cœur, et daigne former au sobre usage de la vie le jeune homme fougueux et sans expérience.

ANTONIO

Tu veux acquérir en un moment ce que le temps peut seul obtenir de la léllexion.

LE TASSE

L'amitié accorde en un moment ce que de longs efforts : euvent à peine atteindre. Je ne demande pas, j'exige! je te omme au nom de la vertu qui aime à unir les belles âmes. lit, — dois-je invoquer ce nom? — la princesse l'espère, Léonorc le veut, elle veut me conduire à loi, et toi à moi. Ah ! prévenons ses désirs ! Paraissons unis aux yeux de la déesse, et olfrons-lui d'accord nos services, notre âme tout entière. Allions-nous, afin de faire pour elle tout ce qui mérite le plus de lui plaire. Encore une fois, voici ma main, prends-la. Ne recule pas, ne me refuse pas davantage, et que a. 18

20G TORQUATO ÏASSO.

je le doive celte voluplé, la plus douce aux gens di; bien, celle de f'al)aiidoniier avec confiance et sans réserve à l'homme qui vaut mieux qu'eux encore!

ANTONIO

Tu vogues à pleines voiles! On voit bien que tu es habitué à vaincre, à trouver toutes les voies larges, toutes les portes ouveries. Il n'e-t pas de succès, de bonheur que je ne te souhaite volontiers; mais, je le vois trop, lUie distance trop grande nous sépare.

LE TASSE

Celle de l'âge, celle du mérite éprouvé, j'y consens; mais je ne cède à personne en courage et en bonne volonté.

ANTONIO

La bonne volonté ne produit pas les actions, le courage nous fait juger trop courte la route qui doii nous mener au l)ut. On couronne celui qui l'atteint, et souvent le plus di;^ne athlète n'obtient pas le prix. Mai^ il est des couronnes latiles, il en est de toutes sortes, qui se laissent commodément gagner au milieu d'une promenade.

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