‹ Théatre de GoetheChapitre 149 sur 382 · SCÈNE II U PRLNCESSE, LÉONORE · texte numérisé non relu

SCÈNE II U PRLNCESSE, LÉONORE

LA rBINCESSE.

Quelles nouvelles m'apportes-tu, Léonore? Dis-moi : que devieuneut nos amis? Qu'est-il donc arrivé?

LÉONOr.E.

Je n'ai pu rien apprendre déplus que ce que nous connaissons déjà, lis ont eu une altercation violente; le Tasse a mis l'épée îi la main, Ion frère les a séparés. Mais il semble que le Tasse a commencé la querelle; Antonio marche en liberté et parle avec son prince : le Tasse est relégué solitaire et captif dans sa chambre.

LA PRIUCESSE.

Assurément Antonio l'aura poussé à bout. Sa froideur, ses formes étrangères, auront blessé cette âme irritable.

LÉO.NORE

Je le crois aussi. Ce matin déjà, lorsqu'il se présenta à nous, un nuage tibscurcissait son front.

LA PRINCESSE

Pourquoi faut-il que nous négligions si facilement de suivre les simples et muettes inspirations de noire cœur? [jn dieu est dans notre âme, qui nous avertit tout bas, qui nous indiiiue doucement, mais avec clarté, ce qu'il faut faire et ce qu'il faut fuir. Antonio m'a paru ce malin plusroide encore que de coutume, plus retiré que jamais en lui-même. Mon esprit me dit de me tenir en garde, quand le Tasse s'avança vers lui. li suUit de les voir l'un et l'autre, de voir leur figure, leur voix, leur regard, leur démarche, tout en eux se repousse : ils ne peuvent jamais faire échange d'amitié. Et cependant Vespérance, cette fl;ltten^e hypocrite, me persuadait le contraire : ils sont raisonnables tous deux, me disait-elle, nobles, in^lruits; ce sont tes amis. Quel litn plus sûr ([ue celui de la bonté? J'ai encouragé notre jeune ami; il s'est tout entier livré à ma discrélion : avec quelle louable ardeur ne l'a-t-il pas fait? Ah! pourquoi n*avais-je pas d'abord prévenu An- II. i9

(oiiio! J'Iiésiiais; il ai rivait à peine, je craignais Hès le premier mot de le presser, de le lui recomniaiuler; je me fiais d';iilleiirs à cette politesse de mœurs, à cet usage du rnoiido, qui s'enireinet si doucement même entre ennemis; je ne redoutais point, de la part d'un homme éprouvé par l'âge, ces i>rompls emportt ments de la vive jeunesse. Le mal est fait! je le croyais bien loin, et le voici maintenant au milieu de nous. Oh ! conseiire-nioi ! que faut-il faire?

LÉONORE

D'après ce que lu viens de dire, tu sens toi-même combien il me sera difficile d'ouvrir un avis. 11 ne s'agit point icj d'une mésinteligence entre deux esprits qui d'ailleins peuvent s'entendre : quelipies paroles, et, s'il le faut, une léparation à main armée, les rapprochent heureusement et les réconcilient sans peine. Je vois deux hommes, — j'en étais depuis longtemps convaincue, — qui sont ennemis parce que la nature même s'oppose à ce qu'ils confondent leur élre. S'ils entendaient sagement leurs nmtiiels intérêts, ils s'uniraient; ils agiraient comme s'ils n'avaient qu'un corps, et marcheraient dans la vie forts, heureux, joyeux : je l'espérais, mais en vain, je le vois maintenant. La querelle d aujourd'hui s'apaisera certaiui^tnent; mais cela ne nous rassure ni pour l'avenir, ni mênie pour demain. Le mieux serait, je pense, que le Tasse s'éloignât pour un temps de ces lieux. Il pourrait se diriger veis Rome, vers Florence ! je l'y suivrais dans quelques sem.iines, et je pourrais, au nom de l'amitié, agir sur son âme aigrie. Cependant, tu chercherais à npprocher de toi, de ton ami, Antonio que l'absence nous a rendu à tel point étranger. De cette façon, sans doute, le temp--, qui peut beaucoup, amènerait ce qui semble à présent impossible.

LA PF.INCESSE.

Mon amie, tu prendiais pou.' toi la jouissance, et tu me laisserais la privation! Est-ce là être juste?

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