ACTE I
Quelle lioiite! j'en serais altéré. — Chaque moment... Je crois l'entendre.. . J'entends les ps d'un cheval, le hruit d'une voiture...
11 couri à la porte LA MARQUISE, à part.
0 comte! tu es un vaurien sans pareil! un maître trompeur! je ne te (|uilte pas, et chaque jour pourtant je découvre en toi ipielque clio<e de nouveau ! Comme il sait mettre à profit et di''velo|tper les passions de ce jeune homme! Comme il s'est emparé de toute son àme! Qud empire sans boines il exerce sur lui! - Voyons un peu si ma feinte réussira de chanoine revient.) iiaui. Soyez sans inquiétude; le comte saiL beaucoup de choses, mais il ne sait pas tout, et il ignorera cette fête. Depms quinze jours je ne vous ai pas vu ; je n'ai pas vu mes amis; je me suis ensevelie pendant ce temps dans une triste campagne, où j'ai dû passer bien des heures ennuyeuses, dans le seul but de me rapprocher de notre princesse adorée, d'épier l'instant de l'aborder sans témoins, et de l'entretenir des intérêts d'un ami bien cher. Aujourd'hui que je retourne à la ville, c'a été fort aimable de votre part de me préparer un festin dans cette maison à moitié route, de venir à ma rencontre, et de rassembler mes meilleurs amis pour me faire accueil. Certes, vous êtes digne des bonnes nouvelles que je vous apporte. Vous êtes le plus chaud, le plus obligeant des amis. Vous êtes heureux et vous le serez. Je désirerais seulement que vous jouissiez de votre bonheur.
LE CH.iN0INE.
Bientôt, bientôt.
LA MARQUISE
Venez, asseyez-vous. Le comte est absent; il subit dans la solitude ses quarante jours de retraite pour se préparer au grand œuvre. 11 ne saura pas plus nos réunions qu'il ne connaîtra le secret qui nous occupe. (Vprès quelques instants de réflexion.) Si 1 on découvrait trop tôt que la princesse vous par donne, que probablement le prince va se laisser attendrir par une fille chérie, tout l'édifice de nos projets croulerait sous les efforts de l'envie. La princesse, qui connaît votre liaison
avec le comte, m'a ordonné expressément de cacher nolr« importante atîaire à cet homme qu'elle redoute.
LE CHANOINE
Je dépends entièrement de votre volonté. Je me conformerni n cet ordre, quoique persuadé que cette crainte n'est pas fondée. Ce grand homme nous serait plutôt utile que nuisible. Devant lui tous les rangs sont égaux. Unir deux tendres cœurs est sa plus douce occupation. Mes élèves, a-t-il coutume de<lire, sont des rois dignes de gouverner le monde, dignes de toute espèce de bonheur. — Et si ses esprits lui apprennent la vérité? s'il voit que la défiance s'est glissée dans nos cœurs, dans le moment même oià il nous ouvre les trésors de sa sagesse?...
LA MARQUISE
Tout ce que je peux vous dire, c'est que la princesse le désire expressément.
LE CHANOINE
Soit ; je lui obéirai, quand même je devrais me perdre.
LA MARQUISE
Et notre secret est d'autant plus facile à garder, que nul ne vous croira rétabli dans les bonnes grâces de la princesse.
LE CHANOINE
En effet, chacun me croit en disgrâce et pour toujours éloigné de la cour. Les yeux de ceux qui me rencontrent expriment la compassion et même le dédain. C'est uniquement par une grande dépense, par le ciédit de mes amis, par l'appui de plusieurs nu'conlents, que je parviens à me conserver. Fasse le ciel que mes espérances ne soient nas trompées, et que votre promesse s'accomplisse!
LA MARQUISE
Ma promesse? — Ne dites plus cela, mon cher. Jusqu'ici c'ébit une promesse; mais depuis cette soirée, depuis que je vous ai remis une lettre, ne vous ai-je pas en même temps donné les plus belles certitudes?
LE CHANOINE
Je l'ai déjà baisé mille fois ce papier {il tire un papier de sa poche); laissez-moi le baiser mille fois encore. Il ne quittera