ACTE III. 52S
nani sous le(|uel l'univers le connaît en ce moment. 0 aveu g!cs! ô êtres impassibles! depuis près d'une année je ne sors pas de votre compagnie, j'entretiens votre ignorance, je vi ^ific votie esprit eniionrdi, je fais mainte allusion au Gran*! Cophte, je vous produis les signes les plus intelligibles, e! .lucune limiière ne brille à vos yeux ; vous ne soupçonnez pa~ que vous avez constamment devant vous l'homme même qiir vous cherchez; que vous recevez chaque jour de ses niaiti^ les biens après lesquels vous soupirez; que vous avez eiifii; plus à remercier qu'à demander. J'ai cependant pitié de sotf esprit grossier; je descends jusqu'à votre faiblesse. Voyez im i donc dans ma magnificence; que vos yeux me reconnai<sei:l. si votre cœur m'a méconnu ; et, si le pouvoir que j'ai exerce sur vos âmes a laissé votre foi chancelante, croyez donc maintenant aux prodiges que j'accomplis, non sur vous, mais en votre présence.
LE CHANOINE, à part.
Je reste stupéfait.
LE CHEVALIER, à part.
Je suis muet.
LA MARQUISE, à part.
Son impudence surpasse mon attente.
LE MAEQUIS, à pari.
Je suis curieux de voir oii tout cela doit aboutir.
LE C0J1TE
Vous demeurez frappés de surprise; vous baissez les yeux; vous osez à peine me regarder. Tournez vers moi vos visages; fixez sur moi vos yeux avec confiance et amitié; bannissez toute crainte, et élevez votre cœur. Oui, vous avez devant vous l'homme qui, aussi vieux que les prêtres égyptiens, aussi sublime que les sages des Indes, s'est formé dans le commerce des plus grands hommes que la terre admire depuis des siècles; qui est élevé .m dessus de tous les rangs, n'a besoin d'aucune richesse, et fait secrètement le bien que le monde attribue à diverses csuses. qui vit dans la société mystérieuse d'hommes répandus su* toute la '«rre, plus ou moins n. 28
semblables entre eux, et qui se montrent rarement en pep soiuie, souvent par leurs œuvres.
LE CHASOmE.
Est-il possible (jue tu aies des semblables?
LE COMTE, montrant le ciel.
Tout trouve son semblable, excepté un seul.
LE CHEVALIER
Quelle pensée sublime !
LA JIAKQUISE, à part.
Quel coquin ! il mêle à ses mensonges les choses les plus
sacrées,
LE COMTE
Oui, regardez ici : le soleil le plus ardent, la neîge la plus mordante, ne peuvent rien sur cetle tête. En étendant ce bras désarmé, j'ai, dans les déijerts de la Libye, arrêlé un lion afiamé et rugissant; cetle voix qui vous parle l'a forcé de venir à mes pieds apporter ses caresses; il reconnut son maître, et je pus ensuite l'envoyer à la chasse, non pas pour moi qui abhorre les mets qu'on obtient par le sang et lais à peine usage des aliments terrestres, mais pour mes élèves, pour les peuples qui s'assemblaient souvent, dans les déserts, autour de moi. J'ai laissé le lion à Alexandrie : à mon retour en cette ville, je trouverai en lui un compagnon fidèle.