‹ Théatre de GoetheChapitre 294 sur 382 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

: LE BAILLI entre et regarde autour de lui s'il n'y a personne; LOUISE vient d'un autre côté.

LE BAILLI

Bonjonr, mademoiselle; peut-on pailer à Votre Excellence? Puis-je mettre à vos pieds mes très-humbles dévotions?

LomsE.

Attendez un moment, monsieur le bailli, madame la comtesse ne va pas tarder à sortir. Les fatigues du voyage et J.'effroi qui l'a saisie à son arrivée l'ont obligée de prendre an peu de repos.

LE BAILU.

Je la plains de tout mon cœur ! Après une si longue absence, après un voyage si pénible, trouver son fils chéri dans un état si alïreux ! J'avoue q^ue cela m'épouvante lorsque j'y pense. Son Excellence a été en grand danger.

LOUISE

Vous pouvez vous imaginer ce qu'une mère tendre et craintive dut éprouver, lorsfju'elle descendit de voiture, entra dans la maison, et y trouva tout en désordre; et que, demandant des nouvelles de son fils, elle s'aperçul, à l'hésita- :iou de la réponse, qu'il lui était arrivé un maliieur.

LE BAILLI

Je la plains du fond de mon ànie; que fîtes-vous alors?

LOUISE

\ous fûmes obligés de tout dire pour éviter qu'elle ne crût le malheur plus grand. Nous la conduisîmes clicz l'eii-

fanl qui était couclié, la tète bandée et ses linbits tachés de sang. .Nous n'avions pu que lui poser les bandages, mais sans le désliabiller.

LE BAILLI

Ce (levait être un affreux spectacle.

LOOISE.

Elle y jeta un regard, poussa un grand cri et tomba évnnouie dans mes bras. On ne put la consoler lorsqu'elle revint à elle, et nous eûmes toute la peine du monde a lui persuader que l'enfiuit s'élait seulement l'ait une forte bus^p en tombant, qu'il avait saigné du nez et qu'il ne courait aucun danger.

LE BAILLI

Je ne voudrais pas être le magister qui néglige ainsi ce cher enfant.

LOUISE

Je fus étonnée de la modération de la comtesse, surtout parce qu'il parlait de cet accident plus légèrement qu'il ne convenait dans le moment.

LE BAILLI

Elle est beaucoup trop douce, trop indulgente.

LOUISE

Mais elle connaît son monde et s'aperçoit de tout; elle sait distinguer celui qui la sert sincèienient et lidèiemenL de celui qui n'est qu'en apparence son humble serviteur; elle connaît les négligents aussi bien que les hypocrites, les imprudents tout comme les méchants.

LE BAILLI

Vous n'en dites pas trop : c'est une excellente dame; mais, justement à cause de cela, le gouverneur méritait d'être chassé.

LOUISE

En tout ce qui touche fe sort de l'homme, elle agit avec lenteur, comme il convient au puissant. Rien de plus terrible que la puissance jointe à la précipitation.

LE BAILLI

Mais la puissance et la faiblesse vont également lort ma! ensemble.

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