‹ Théatre de GoetheChapitre 318 sur 382 · C.\^.OLI^■E, à genoux devant la porte · texte numérisé non relu

C.\^.OLI^■E, à genoux devant la porte

0 mon cher ami ! si tu pouvais me voir à genoux devant cette poi te, levant mes mains dans mon désespoir, suppliant ce père inhumain!... Ouvrez, mon père!... 11 n'écoute pas; il ne me regarde pas !... 0 mou cher ami, ne me soupçonne pas, je suis innocente !

BRÈME

Toi innocenle! misérable filîe ! honte de ton père! Tache éternelle pour l'habit d'honneur qu'il vient de revêtir. Lèvetoi , cesse de pleurer, que je n'en vienne pas à te tirer par les cheveux de devant cette porte, où tu ne devrais plus reparaître sans rougir. Quoi ! dans le moment où Brème se place au rang des plus grands hommes de la terre , sa fille s'humihe à ce point !

CAROLINE

Ne me repoussez pas, ne me rejetez pas, mon père ! il m'a fait les promesses les plus sacrées.

BRÈME

Ne me parle pas de cela, je suis hors de moi. Quoi! une fille qui devrait se comporter comme une princesse , comme une reine, s'oublie à ce point? J'ai peine à m'empècher de te frapper de mes poings, de te fouler sous mes pieds. Entre

ici ! (il la pousse dans sa chambre à coucher.) Ce cadcuas français te

gardera bien. De quelle fureur je me sens transporté! Ce

serait la vraie disposition pour sonner le tocsin. Mais non, Brème, remets-toi! réfléchis que les plus grands hommes ont eu maint chagrin domestique. Ne rougis pas d'une fille insolente, et considère que l'empereur Auguste versait des larmes amères à cause des crimes de sa Julie, au moment où il tenait les rênes du monde d'une main aussi juste que ferme. Ne rougis pas de pleurer de ce qu'une pareille fille t'a trompé; mais songe en même temps que ton but est rempli, que ton ennemi se désespère dans sa prison, et que ton entreprise touche à une heureuse issue.

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