SCÈNE VU FRÉDÉRIQUE, LA COMTESSE et LE CONSEILLER
FRÉDÉRIQDE.
La carabine est telle que je Tai laissée; le garde en a eu bien soin ; c'est le meilleur garde-chasse que je connaisse. Je vais le charger tout de suite, et demain, au point du jour, je tirerai un cerf.
Elle s'approche d'une table où il y a un candélabre avec une poire à poudre, une mesure, des balles, un marteau, et charge sa carabine lentement et méthodiquement.
LA. COMTESSE
Te voilà encore tenant ta poire à poudre près de la lumière ; il pourriiit si facilement y tomlier une étincelle! Sois donc raisonnable! lu causeras ton malheur et le mien.
FRÉDÉniQUE.
Laissez-moi, chère maman , je suis assez prudente. Qui craint la poudre n'y doit jamais toucher.
LA COMTESSE
Dites-mùi donc, mon cher conseiller, j'ai cela sur le cœur: ne pourrioi!s-nous avancer au moins de quelques pas jusqu'à votre retour?
LE CONSEILLER
J'estime en vous cette impatience de ftiire le bien.
LA COMTESSE
Ce qu'une fois j'ai reconnu juste , je voudrais le voir fiiit à l'instant. La vie est si courte et le bien agit si lentement I
LE CONSEILLER
Quelle est donc votre idée?
480 LES i'.ÈYOLTÉS.
LA COMTESSE
Vous ê(es moralement convaincu que le bailli a mis de côlé le document durant la guerre.
FKÉDÉRIQDE, vivemeiil.
L'êtes-vous?
LE COiNStlI.LER.
D'après tous les indices, j'ose alfiimer que c'est au moins vraisemblable.
LA. COMTESSE
Et vous croyez qu'il le conserve encore dans quelque but?
FRÉDÉRIQUE, de mêffie.
Croyez-vous?
LE CONSEILLER
A en juger d'après la confusion de ses comptes, le désordre (le ses archives, et toute sa eonduite dans ce procès, jr dois présumer qu'afui d'avoir une issue qui, si on le presse de ce côlé, lui permette de se sauver de l'aulre, il se réserve la faculté de vendre le document au parti contraire pour une somme considérable.
LA COMTESSE
Si l'on lâchait de le gagner par l'espoir de quelque avantiige? II désire une substitution en faveur de son neveu; si nous lui promettions une récompense pour ce jeune homme, dans le cas où il metirait en ordre ks archives ; et que, dans celui où il relrouverait le document, nous lui donnions l'espoir de la substiiution? Parlez-lui avant de partir; en attendant voire retour, tout s'arrangera.
LE C0^SE1LLER
il est trop tard ; cet homme est sûrement déjà couché.
LA COMTESSE
Ne croyez pas cela ; tout vieux qu'il est , il vous guette jusqu'à ce que vous montiez en voilure; il vous fera encore sa l'évérence, en grande tenue, et n'oubliera certainement pas de se recommander à vous. Faisons-le venir.
FRÉDÉRIQUE
Faisons-le venir; voyons quelle mine il aura.