ACTE V
EUGÉNIE
Celle qui te prie descend d'une maison considi^rée ; mais, hélas ! elle s'avance vers toi sans pouvoir se nommer.
LE GOUVERNEUR
Les noms s'oublient, mais une figure comme la tienne reste gravée dans la mémoire d'une manière inefi'açable.
EUGÉME.
La force et la ruse m'arrachent du sein de mon père , et m'entraînent au sein du vaste Océan.
LE GOUVERNEUR
lui ose porter une main sacrilège sur cette image de paix?
EUGÉNIE
Je crois que le coup qui m'a surprise vient d'un des membres de ma projire f;imiUe. Un frère, guidé par l'intérêt et par des con>eils perfides, m'a attirée dans le piège; la femme que tu vois ici, tt qui- m'a élevée, s'est rangée parmi mes ennemis, je ne puis comprendre pourquoi.
LA MAITRESSE DE LA COUR
J'étais piirmi eux en effet, mais pour adoucir de grands maux que je n'ai pu, hélas 1 détourner entièrement.
EUGÉ>'IE.
Elle exige que je monte sur ce vaisseau, et veut m' emmener sur d'autres phiges.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
L'accompagner en un tel trajet prouve mon amour et mes soins maternels.
LE GOUVERNEUR
Vous que j'honore, pardonnez si un homme jeune d'années, mais dont l'expérience a vu bien des choses en ce monde, se trouve embarrassé en vous regardant et en vous écoutant. Toutes deux vous semblez mériter ma confiance, et cependant vous vous défiez l'une de l'autre : au moiub on le croirait. Comment puis-je délier les nœuds énigmatiques qui vous enveloppent?
EUGÉNIE
J'espère qu'en m'écoutant tu y parviendras.
ÎJaO LA FILLE ?>ATUR!:LLI':.
LA MAÎTRESSE DE LA COUB
Moi aussi je pourrais éclaircir bien ties choses.
LE GODVERNEDR.
La vérité soiilfre de n'être aperçue qu'à travers un récit; les étrangers nous trompent si souvent pa f ties fables!
EUGÉNIE
Si tu te défies de moi, je suis sans ressource.
LE GOUVEUNEUR.
Quand je te croirais, je te serais peut-être encore de peu
de secours.
EUGÉ.ME.
Renvoie-moi seulement vers les miens.
LE GOUVERNEUR
Un homme bien intentionné s'attire peu de remercîments en acceuillaiit des enfants perdus ou enlevés, ou bien en protégeant ceux qui sont repoussés de leur famille. Un débat s'élève aussitôt sur la personne, à cause des héritages, [jour savoir si elle est bien la véritable. Lorsque des parents dénaturés se disputent à outrance sur le tien et le mien, la haine des deux partis retombe souvent sur ['étranger qui intervient dans lems afiiaires; et, lorsqu'il n'a pas de preuves convaincantes, on le traîne ignominieusement devant la justice. Excuse-moi donc si je ne réponds pas sur-le-champ à ta deri;ani!e.
EUGÉNIE
Une telle crainte convient-elle à un homme élevé en dignité? A qui l'opprimé pourra-t-il donc s'adresser?
LE GOUVERNEUR
Tu me pardonneras au moins si je te quitte quant à présent : un important devoir m'appelle ailleurs. Reviens demain matin à ma demeure, afin de m'expliquer plus clairement I* sort qui te menace.
EUGÉNIE
Je m'y rendrai avec joie; reçois d'avance mes remercîmentj du secours que tu m'oFlîes.