SCÈNE m EUGÉNIE, L.\ MAITRESSE DE LA COUR
EDGÉiME,
Est-ce là le talisman dont tu te sers pour m'enlever, me tenir cap'ive, et repousser tous les hommes honnèt^'S qui veulent me porter secours? Laisse-moi voir cette feui le fatale. Je connais ma misère, laisse-moi connaître aussi ce qui a pu la causer.
LA M.\ÎTRESSE DE LA COUR, lui tendant le papier,
La voici, regaide.
EUGÉNIE, se détournant.
Quel coup terrible ! Et je vis encore, quand je suis foudroyé* par le nom de mon père et par celui du roi ! Mais il y a eu erreur; un employé de la couronne, gagné par mon frère pour me perdre, s'est peut-être servi delà puissance suprême témérairement et sans ordre. Oui, on peut encore me sauver, je veux l'essayer; montre-moi le papier.
LA MaItkESSE de la cour, le lui montrant.
Tu le vois.
EUGEJilE, se détournant encore.
Le courage m'abandonne. Non, je ne le puis pas; quoi q'i'ii en soit, je suis perdue. Tous les biens de ce monde me sont refusés, il faut y renoncer pour jamais. C'est donc là tout ce que tu fais pour moi ! Oui, tu es unie avec mes ennemis pour amener ma mort; on veut m'enterrer vivai>te. Permets-moi donc au moins de m'approcher de l'église; ille ensevelit dans son sein tant de victimes innocentes! Voici le temple, et c'est ici la porte qui conduit à la tranquille misère, comme au
t.52 LA FîLLE NATURELLE
bonL^nr tranquille. Laisse-moi faire en secret cette démarche, quel que soit le destin qui m'y attende, je m'y résignerai !
lA MAÎTIiESSE DE LA. COUR.
Je vois l'abbesse qui descend vers la place, accompagnée de deux de ses sœurs : elle aussi est jeune et de grande famille , fais-lui part de tes désirs; je ne m'y oppose pas.