‹ Théatre de GoetheChapitre 81 sur 382 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

— Au milieu de mes braves camarades, pour le moindre gain, je n'ai jamais hésité un moment à metlre à la sanglante loterie, et je reculerais, maintenant qu'il s'agit de mon indépendance et du prix de ma vie entière?

RICHARD

0 monseigneur ! vous ne savez pas quelles paroles vous prononcez là. Que Dieu veille sur vous!

Rassemble tes papiers, voici Orange. Expédie le plus pressé, et que les messagers pailent avant qu'on fi'rme les perles. Le reste peut se dilTérer. Remets à demain la lettre au comte; ne manque pas d'aller voir Elvire, et salue-la de ma part.

— Informe-toi aussi de la gouvernante; elle m'a parue indisposée, quelques efforts qu'elle fit pour le cacher.

Richard sort.

Entre Ora.ngb.

EGMONT

Bonjour, Orange; vous avez l'air préoccupé.

orakge.

Que dites- vous de notre entretien avec la gouvernante?

EGMONT

Je n'ai rien trouvé d'extraordinaire dans son accueil. Je l'ai déjà vue comme cela plus d'une fois. Elle ne m'a pas paru très-bien portante,

ORAKGE.

N'avez-vous pas remarqué aussi qu'elle était plus réservée? Elle a d'abord fait semblant d'approuver en tout notre conduite dans la dernière émeuie, elle s'est mise à énnmérer toutes les circousîances qui doivent y jeter un faux jour, et peu à peu elle est revenue à ses anciens discoins : que ses manières affables, son amitié pour les Pays-Bas étaient mal appréciées et plus mal récompensées; que rien ne voulait s'airanger au gré de ses vœux; qu'elle finirait par perdre patience, et déciderait le roi à prendre d'autres mesures. L'avez-vous entendu?

EGMOMT.

Pas tout : pendant qu'elle a parlé je pensais à autre chosec

f04 EGMONT.

— C'est une femme, mon cher Orange; et les femmes, vo'is le savez, seraient cliarmées que tout ^e sonraîl à leur jou^r aimable, et que chaque Hercule déposât sa peau de lion pour prendre en main la quenouille et filer à leurs genoux. Comme elles sont en général d'un caractère doux el tranquille, elies voudraient que la fermentation qui bout au sein de tout un peuple, la lem|ièle qui éclate entre deux puissants rivaux, se laissassent calmer par une parole amical.- ; elles voudraient que les éléments les plus contraires vinssent à leurs pieds s'unir dans une paisible harmonie ! C'est là son cas : et comme elle n'a pu en venir à bout, elle ne trouve rieu de mieux que de montrer de l'i linieur, d'accuser les hommes d'ingratitude et d'imprudence, u annoncer de sinistres horizons pour l'avenir, et de menacer de partir.

ORANGE

Ne croyez-vous pas que celte fois elle tiendra sa menace?

EGMONT

Pas le moins ilu monde! Que de fois ne l'ai-je pas déjà vue au mouient de partir! Où irait-elle? Ici gouvernante, vice-reine, crois-lu qu'elle suppoitàt de s'aller enterrer à la cour de son frère, et d'y filer des jours monotones? ou bien en ItaliL **« végéter tristement dans de vieilles relations de famille?

ORANGE

On ne la juge pas capable de cette résolution, parce que usqu'ici on l'a vue hésiter, on l'a vue reculer; mais elle n'en est pas moins maîtresse de la prendre, et de nouvelles circonstances peuvent la ramener à ce parti si longtemps différé. Si elle partait, et que le roi envoyât quelqu'un à sa place?

EGMONT

Eh bien! il viendrait, et rencontrerait les mêmes obsta» clés; il viendrait avec de grands projets, des plans, des vues, pour tout bouleverser, tout soumettre, rét blir parlent l'entente. Puis il se heurterait aujourd'hui à une misèie, demain à une autre, api ès-demain à quelque nouvel embarras ; il passerait un mois à mûrir son projet, un second à se dépiter

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