‹ Théàtre de Jean RacineChapitre 102 sur 211 · ROXANE; ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE, ACOMAT, OSMIN · texte numérisé non relu

ROXANE; ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE, ACOMAT, OSMIN

ACOMAT

La vérité s'accorde avec la renommée,

Madame. Osmin a vu le sultan et l'armée.

Le superbe Amurat est toujours inquiet,

Et toujours tous les cœurs panchent vers Bajazet.

D'une commune voix ils l'appellent au trône.

Cependant les Persans marchoient vers Babylone,

Et bien-tost les deux camps aux pieds de son rempart

Dévoient de la bataille éprouver le hazard.

Ce combat doit, dit-on, fixer nos destinées;

Et même, si d'Osmin je conte les journées,

Le Ciel en a déjà réglé l'événement,

Et le sultan triomphe ou fuit en ce moment.

Declarons-nous, Madame, et rompons le silence.

Fermons-luy dés ce jour les portes de Bysance;

Et, sans nous informer s'il triomphe ou s'il fuit,

Croyez-moy, hâtons-nous d'en prévenir le bruit.

S'il fuit, que craignez-vous? S'il triomphe, au contraire,

Le conseil le plus prompt est le plus salutaire.

Vous voudrez, mais trop tard, soustraire à son pouvoir

Un peuple dans ses murs prest à le recevoir.

Pour moy, j'ay sçû déjà par mes brigues secrettes Gagner de nostre loy les sacrez interprètes.

Je sçay combien crédule en sa dévotion Le peuple suit le frein de la religion.

Souffrez que Bajazet voie enfin la lumière ; Des murs de ce palais ouvrez-luy la barrière; Déployez en son nom cet estendart fatal, Des extrêmes périls l'ordinaire signal.

Les peuples, prévenus de ce nom favorable, Sçavent que sa vertu le rend seule coupable.

D'ailleurs, un bruit confus, par nies soins confirmé, Fait croire heureusement à ce peuple allarmé Qu'Amurat le dédaigne, et veut loin de Bysance Transporter désormais son trône et sa présence. Déclarons le péril dont son frère est pressé, Montrons Tordre cruel qui vous fut adressé ; Sur tout qu'il se déclare et se montre luy-même, Et fasse voir ce front digne du diadème.

Roxane.

Il suffit. Je tiendray tout ce que j'ay promis. Allez, brave Acomat, assembler vos amis; De tous leurs sentimens venez me rendre ceinte : Je vous rendray moy-même une réponse pront e. Je verray Bajazet. Je ne puis dire rien Sans sçavoir si son cœur s'accorde avec le mien. Allez, et revenez.

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