‹ Théàtre de Jean RacineChapitre 127 sur 211 · ROXANE, ATALIDE · texte numérisé non relu

ROXANE, ATALIDE

De quel étonnement, ô Ciel ! suis-je frappée !

Est-ce un songe, et mes yeux ne m'ont-ils point trompée?

Quel est ce sombre accueil, et ce discours glacé

Qui semble révoquer tout ce qui s'est passé ?

Sur quel espoir croit-il que je me sois rendue,

Et qu'il ait regagné mon amitié perdue ?

J'ay crû qu'il me juroit que jusques à la mort

Son amour me laissoit maistresse de son sort.

Se repent-il déjà de m' avoir appaisée?

Mais moy-même tantost me serois-je abusée?

Ah !.. . Mais il vous parloit. Quels estoient ses discours,

Madame?

Atalide.

Moy, Madame? Il vous aime toujours.

Roxane.

Il y va de sa vie au moins que je le croie.

Mais, de grâce, parmi tant de sujets de joie, Répondez-moy, comment pouvez-vous expliquer Ce chagrin qu'en sortant il m'a fait remarquer?

i9& BAJAZET

Atalide.- Madame, ce chagrin n'a point frappé ma veuë.

Il m'a de vos bontez long-temps entretenue. Il en estoit tout plein quand je Pay rencontré. J'ay crû le voir sortir tel qu'il estoit entré. Mais, Madame, après tout, faut-il estre surprise Que, tout prest d'achever cette grande entreprise, Bajazet s'inquiète, et qu'il laisse échaper Quelque marque des soins qui doivent l'occuper ?

Roxane.

Je voy qu'à l'excuser vostre adresse est extrême. Vous parlez mieux pour luy qu'il ne parle luy-même.

Atàlide.

Et quel autre interest...

Roxane.

Madame, c'est assez.

Je conçois vos raisons mieux que vous ne pensez. Laissez-moy. J'ay besoin d'un peu de solitude. Ce jour me jette aussi dans quelque inquiétude. J'ay, comme Bajazet, mon chagrin et mes soins, Et je veux un moment y penser sans témoins.

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