‹ Théàtre de Jean RacineChapitre 167 sur 211 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MONIME, PHŒDIME.

Phœdime.

|uoy! vous estes icy quand Mithridate arrive! Quand, pour le recevoir, chacun court sur la rive! QueTâi tes- vous, Madame, et quel ressouvenir Tout à coup vous arreste et vous fait revenir? N'offenserez-vous point un roy qui vous adore, Qui, presque vostre espoux...

Monime.

Il ne Test pas encore, Phœdime, et jusques-là je croi que mon devoir Est de l'attendre icy, sans l'aller recevoir.

Phœdime.

Mais ce n'est point, Madame, un amant ordinaire. Songez qu'à ce grand roy promise par un père, Vous avez de ses feux un gage solennel, Qu'il peut, quand il voudra, confirmer à l'autel. Croïez-moy, montrez-vous, venez à sa rencontre.

Monime.

Regarde en quel estât tu veux que je me montre. Racine. II. 33

Voi ce visage en pleurs, et, loin de le chercher, Di-moy plûtost, di-moy que je m'aille cacher.

Phœdime.

Que dites-vous? O dieux!

Monime.

Ah ! retour qui me tué !

Malheureuse ! Comment paroistray-je à sa veuë, Son diadème au front, et dans le fond du cœur, Phœdime... Tu m'entens, et tu vois ma rougeur.

Phœdime.

Ainsi vous retombez dans les mesmes aliarmes Qui vous ont dans la Grèce arraché tant de larmes ? Et toujours Xipharés revient vous traverser?

Monime.

Mon malheur est plus grand que tu ne peus penser. Xipharés ne s'offroit alors à ma mémoire Que tout plein de vertus, que tout brillant de gloire, Et je ne sçavois pas que, pour moy plein de feux, Xipharés des mortels fust le plus amoureux.

Phœdime.

Il vous aime, Madame! Et ce héros aimable...

Monime.

Est aussi malheureux que je suis misérable.

Il m'adore, Phœdime, et les mesmes douleurs Qui m'affligeoient icy le tourmentoient ailleurs.

Phœdime.

Sçait-il en sa faveur jusqu'où va vostre estime ? Sçait-il que vous l'aimez?

Il l'ignore, Phœdime.

Les dieux m'ont secourue, et mon cœur affermi N'a rien dit, ou du moins n'a parlé qu'à demi.

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