ACTE IV, SCENE II
XlPHARÉS.
Quoy! Madame! c'est vous, c'est l'amour qui m'expose? Mon malheur est party d'une si belle cause ?
Trop d'amour a trahy nos secrets amoureux ?
Et vous vous excusez de m'avoir fait heureux ? Que voudrois-je de plus ? Glorieux et fidelle, Je meurs. Un autre sort au trône vous appelle. Consentez-y, Madame, et, sans plus résister, Achevez un hymen qui vous y fait monter.
Monime.
Quoy! vous me demandez que j'épouse un barbare, Dont l'odieux amour pour jamais nous sépare?
XlPHARÉS.
Songez que ce matin , soumise à ses souhaits, Vous deviez l'épouser et ne me voir jamais.
Monime.
Et connoissois-je alors toute sa barbarie ?
Ne voudriez-vous point qu'approuvant sa furie, Après vous avoir vu tout percé de ses coups, Je suivisse à l'autel un tyrannique espoux, Et que dans une main de vostre sang fumante J'allasse mettre, helas! la main de vostre amante? Allez, de ses fureurs songez à vous garder, Sans perdre icy le temps à me persuader.
Le Ciel m'inspirera quel party je doy prendre. Que seroit-ce, grandsdieux! s'il venoit vous surprendre ? Que dis-je? On vient. Allez, courez; vivez enfin, Et du moins attendez quel sera mon destin.
i 9 4 MITHRIDATE
MONIME, PHŒDIME.
Phœdime.
Madame, à quels périls il exposoit sa vie !
C'est le roy.
Monime.
Cours l'aider à cacher sa sortie.
Va, ne le quitte point. Et qu'il se garde bien D'ordonner de son sort sans estre instruit du mien.