ACTE V, SCENE II
Arsace.
Dés ce soir.
Ses ordres sont donnez. Elle s'est offensée Que Titus à ses pleurs l'ait si long-temps laissée. Un généreux dépit succède à sa fureur.
Bérénice renonce à Rome, à l'empereur, Et même veut partir avant que Rome instruite Puisse voir son desordre et jouir de sa fuite. Elle écrit à César.
Antiochus.
OCiel! Quil'auroitcrû?
Et Titus?
Arsace.
A ses yeux Titus n'a point paru.
Le peuple avec transport Parreste et l'environne, Applaudissant aux noms que le sénat luy donne; Et ces noms, ces respects, ces applaudissemens, Deviennent pour Titus autant d'engagemens Qui, le liant, Seigneur, d'une honorable chaîne, Malgré tous ses soupirs et les pleurs de la reine, Fixent dans son devoir ses vœux irrésolus.
C'en est fait, et peut-estre il ne la verra plus.
Antiochus.
Que de sujets d'espoir, Arsace, je l'avoue!
Mais d'un soin si cruel la Fortune me joue, J'ay vu tous mes projets tant de fois démentis, Que j'écoute en tremblant tout ce que tu me dis, Et mon cœur, prévenu d'une crainte importune, Croit, même en espérant, irriter la Fortune.
Mais que vois-je ? Titus porte vers nous ses pas. Que veut-il ?
Racine. II. 9