DANDIN, LEANDRE, L'INTIMÉ
Arreste! arreste! attrape!
Leandre.
Ah ! c'est mon prisonnier sans doute qui s'échappe.
L'Intimé.
Non, non, ne craignez rien.
Petit Jean.
Tout est perdu... Citron...
Vôtre chien... vient là bas de manger un chapon. Rien n'est seur devant luy : ce qu'il trouve, il l'emporte.
Leandre.
Bon, voilà pour mon père une cause. Main forte. Qu'on se mette après luy. Courez tous.
Dandin.
Point de bruit, Tout doux. Un amené sans scandale suffit.
Racine, II. 17
i3o LES PLAIDEURS
Leandre.
Çà, mon père, il faut faire un exemple authentique; Jugez sévèrement ce voleur domestique. '
Dandin.
Mais je veux faire au moins la chose avec éclat. Il faut de part et d'autre avoir un avocat.
Nous n'en avons pas un.
Hé bien, il en faut faire.
Voilà vostre portier et vostre secrétaire; Vous en ferez, je croi, d'excellens avocats : Ils sont fort ignorans.
L'Intimé.
Non pas, Monsieur, non pas.
J'endormiray Monsieur tout aussi bien qu'un autre.
Petit Jean.
Pour moy, je ne sçay rien; n'attendez rien du nostre.
Leandre.
C'est ta première cause, et l'on te la fera.
Petit Jean.
Mais je ne sçay pas lire.
L'Intimé.
Hé 1 l'on te soufflera.
Dandin.
Allons nous préparer. Çà, Messieurs, point d'intrigue ; Fermons l'œil aux presens, et l'oreille à la brigue. Vous, maistre Petit Jean, serez le demandeur. Vous, maistre l'Intimé, soyez le défendeur.
FIN DU SECOND ACTE