ACTE I, SCENE II
Nous excitoient au meurtreet confondoientnoscoups.
Mon couroux aux vaincus ne fut que trop severe;
Mais que ma cruauté survive à ma colère,
Que, malgré la pitié dont je me sens saisir,
Dans le sang d'un enfant je me baigne à loisir,
Non, Seigneur! Que les Grecs cherchent quelque autre proye.
Qu'ils poursuivent ailleurs ce qui reste de Troye;
De mes inimitiez le .cours est achevé :
L'Epire sauvera ce que Troye a sauvé.
O RESTE
Seigneur, vous sçavez trop avec quel artifice
Un faux Astyanax fut offert au suplice
Où le seul fils d'Hector devoit estre conduit.
Ce n'est pas les Troyens, c'est Hector, qu'on poursuit.
Ouy, les Grecs sur le fils persécutent le père ;
Il a par trop de sang acheté leur colère :
Ce n'est que dans le sien qu'elle peut expirer,
Et jusques dans l'Epire il les peut attirer.
Prevenez-les.
Pyrrhus.
Non, non. J'y consens avec joye.
Qu'ils cherchent dans l'Epire une seconde Troye; Qu'ils confondent leur haine et ne distinguent plus Le sang qui les fit vaincre et celuy des vaincus. Aussi bien ce n'est pas la première injustice Dont la Grèce d'Achille a payé le service. Hector en profita, Seigneur, et quelque jour Son fils en pourroit bien profiter à son tour.
O RESTE
Ainsi, la Grèce en vous trouve un enfant rebelle?
Pyrrhus.
Et je n'ay donc vaincu que pour dépendre d'elle?
i6o ANDROMAQUE
O RESTE
Hermione, Seigneur, arrestera vos coups; Ses yeux s'opposeront entre son père et vous.
Hermione, Seigneur, peut m'estre toujours chère; Je puis l'aimer, sans estre esclave de son père. Et je sçauraj peut-estre accorder quelque jour Les soins de ma grandeur et ceux de mon amour. Vous pouvez cependant voir la fille d'Helene. Du sang qui vous unit je sçay l'étroite chaîne. Après cela, Seigneur, je ne vous retiens plus. Et vous pourrez aux Grecs annoncer mon refus.