ACTE II, SCENE I
Pourquoy donc les chagrins où son ame est plongée? Contre un amant qui plaît pourquoy tant de fierté?
Hermione.
Helas! pour mon malheur je l'ay trop écouté. Je n'ay point du silence atfecté le mystère; Je croyois sans péril pouvoir estre sincère, Et, sans armer mes yeux d'un moment de rigueur, Je n'ay, pour luy parler, consulté que mon cœur. Et qui ne se seroit comme moy déclarée, Sur la foy d'une amour si saintement jurée? Me voyoit-il de l'œil qu'il me voit aujourd'huy? Tu t'en souviens encor, tout conspiroil pour luy : Ma famille vangée et les Grecs dans la joye, Nos vaisseaux tout chargez des dépouilles deTroye, Les exploits de son père effacez par les siens. Ses feux que je croyois plus ardens que les miens. Mon cœur, toy-méme enfin de sa gloire éblouie, Avant qu'il me trahist, vous m'avez tous trahie. Mais c'en est trop, Cleone, et, quel que soit Pyrrhus, Hermione est sensible, Oreste a des vertus; Il sçait aimer du moins, et même sans qu'on l'aime, Et peut-estre il sçaura se faire aimer luy-même. Allons, qu'il vienne enfin.
Cleone.
Madame, le voicy.
Hermione.
Ah! je ne croyois pas ((u'il fust si prés d'icy.
17c ANDROMAQUE