ACTE II, SCENE 1 I
Voila depuis un an le seul soin qui m'anime. Madame, c'est à vous de prendre une victime Que les Scythes auroient dérobée à vos coups, Si j'en avois trouvé d'aussi cruels que vous.
Hermione.
Quittez, Seigneur, quittez ce funeste langage. A des soins plus pressans la Grèce vous engage. Que parlez-vous du Scythe et de mes cruautez? Songez à tous ces rois que vous représentez. Faut-il que d'un transport leur vengeance dépende? Est-ce le sang d'Oreste enfin qu'on vous demande? Dégagez-vous des soins dont vous estes chargé.
Oreste.
Les refus de Pyrrhus m'ont assez dégagé, Madame : il me renvoyé, et quelque autre puissance Luy fait du fils d'Hector embrasser la défence.
Hermione.
L'infidelle!
Oreste.
Ainsi donc, tout prest à le quitter, Sur mon propre destin je viens vous consulter. Déjà même je crois entendre la réponse Qu'en secret contre moy vostre haine prononce.
Hermione.
Hé quoy! toujours injuste en vos tristes discours. De mon inimitié vous plaindrez-vous toujours? Quelle est cette rigueur tant de fois alléguée? J'ay passé dans l'Epire, où j'étois reléguée : Mon père l'ordonnoit; mais qui sçait si depuis Je n'ay point en secret partagé vos ennuis? Pensez-vous avoir seul éprouvé des allarmes"* Que l'Epire jamais n'ait veù couler mes larmes?
172 ANDROMACI.UE
Enfin, qui vous a dit que, malgré mon devoir, Je n'aj pas quelquefois souhaitté de vous voir?
Oreste.
Souhaitté de me voir? Ah î divine princesse... Mais, de grâce, est-ce à moj que ce discours s'adresse? Ouvrez vos yeux; songez qu'Oreste est devant vous, Oreste si long-temps l'objet de leur couroux.
Hermione.
Ouy, c'est vous dont l'amour, naissant avec leurs charmes, Leur apprit le premier le pouvoir de leurs armes. Vous que mille vertus me forçoient d'estimer, Vous que j'ay plaint, enfin que je voudrois aimer.
Oreste.
Je vous entens. Tel est mon partage funeste : Le cœur est pour Pyrrhus, et les vœux pour Oreste.
Hermione.
Ah ! ne souhaitez pas le destin de Pyrrhus: Je vous haïrois trop.
Oreste.
Vous m'en aimeriez plus.
Ah! que vous me verriez d'un regard bien contraire! Vous me voulez aimer, et je ne puis vous plaire; Et, l'amour seul alors se faisant cbeïr. Vous m'aimeriez. Madame, en me voulant haïr. O dieux ! tant de respects, une amitié si tendre... Que de raisons pour mov, si vous pouviez m'entendre ! Vous seule pour Pyrrhus disputez aujourd'huy, Peut-estre malgré vous, sans doute malgré luy : Car enfin il vous hait. Son ame, ailleurs éprise, N'a plus...
Hermione.
Qui vous l'a dit. Seigneur, qu'il me méprise ?