‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 165 sur 225 · ACTE V, SCENE III 3i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III 3i

Je voue à vostre fils une amitié de père,

J'en atteste les dieux, je le jure à sa mère.

Pour toiis mes ennemis je déclare les siens,

Et je le reconnois pour le roy des Troyens. »

A ces mots, qui du peuple attiroient le suffrage,

Nos Grecs n'ont répondu que par un crj de rage.

L'infidelle s'est vu par tout enveloper,

Et je n'ay pu trouver de place pour frapper.

Chacun se disputoit la gloire de l'abbatre.

Je l'ay veu dans leurs mains quelque temps se débattre,

Tout sanglant à leurs coups vouloir se dérober;

Mais enfin à l'autel il est allé tomber.

Du peuple épouvanté j'ay traversé la presse

Pour venir de ces lieux enlever ma princesse,

Et regagner le port, où bien-tost nos amis

Viendront couverts du sang que je vous ay prorais.

Hermione.

Qu'ont-ils fait

O RESTE

Pardonnez à leur impatience; Ils ont, je le voy bien, trahi vostre vengeance : Vous vouliez que ma main portast les premiers coups, Qu'il sentît en mourant qu'il expiroit pour vous. Mais c'est moy dont l'ardeur leur a servi d'exemple, Je les ay pour vous seule entraînez dans le temple, Madame, et vous pouvez justement vous fîatter D'une mort que leurs bras n'ont fait qu'exécuter Vous seule avez poussé les coups...

Hermione.

Tay-toy, perfide.

Et n'impute qu'à toy ton lâche parricide. Va faire chez tes Grecs admirer ta fureur,

2i6 ANDROMAQUE

Va, je la désavoue, et tu me fais horreur. Barbare, qu'as-tu fait? avec quelle furie As-tu tranché le cours d'une si belle vie? Avez-vous pu, cruels, l'immoler aujourd'huy Sans que tout vostre sang se soulevast pour luy? Mais parle. De son sort qui t'a rendu l'arbitre? Pourquoi l'assassiner? Qu'a-t-il fait? A quel titre? Qui te l'a dit?..-

O dieux ! Quoy ! ne m'avez-vous pas Vous-même, icy, tantost, ordonné son trépas?

Hermione.

Ah ! falloit-il en croire une amante insensée? Ne devois-tu pas lire au fond de ma pensée? Et ne voyois-tu pas, dans mes emportemens. Que mon cœur dementoit ma bouche à tous momens? Quand je l'aurois voulu, falloit-il y souscrire? N'as-tu pas dû cent fois te le faire redire, Toy-même avant le coup me venir consulter, Y revenir encore, ou plûtost m'éviter?

Que ne me laissois-tu le soin de ma vengeance? Qui t'ameine en des lieux oii l'on fuit ta présence ? Voilà de ton amour le détestable fruit. Tu m'apportois, cruel, le malheur qui te suit. C'est toy dont l'ambassade, à tous les deux fatale, L'a fait pour son malheur pancher vers ma rivale. Nous le verrions encor nous partager ses soins, Il m'aimeroit peut-estre, il le feindroit du moins. Adieu. Tu peux partir. Je demeure en Epire, Je renonce à la Grèce, à Sparte, à son empire, A toute ma famille ; et c'est assez pour moy, Traître, qu'elle ait produit un monstre comme toy.

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