‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 187 sur 225 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

NERON, BURRHUS

PBURRHUS.

ALLAS obeïra, Seigneur.

Néron.

Et de quel œil Ma mère a-t-elle veu confondre son orgueil.''

BuRRHUS.

Ne doutez point, Seigneur, que ce coup ne la frappe, Qu'en reproches bien-tôt sa douleur ne s'échappe. Ses transports dés long-temps commencent d'éclater ; A d'inutiles cris puissent-ils s'arrester!

Neron.

Quoi! de quelque dessein la croyez-vous capable?

BuRRHUS.

Agrippine, Seigneur, est toujours redoutable : Rome et tous vos soldats révèrent ses ayeux ; Germanicus son père est présent à leurs yeux; Elle sçait son pouvoir, vous sçavez son courage;

Et ce qui me la fait redouter davantage,

C'est que vous appuy-ez vous-même son courcux

Et que vous luy donnez des armes contre vous.

Néron.

Moi, Burrhus?

Cet amour, Seigneur, qui vous possède. . .

Néron.

Je vous entens, Burrhus. Le mal est sans remède. Mon cœur s'en est plus dit que vous ne m'en direz. Jl faut que j'aime enfin.

Burrhus.

Vous vous le figurez, Seigneur, et, satisfait de quelque résistance, Vous redoutez un mal foible dans sa naissance. Mais, si dans son devoir vostre cœur affermi Vouloit ne point s'entendre avec son ennemi, Si de vos premiers ans vous consultiez la gloire, Si vous daigniez. Seigneur, rappeller la mémoire Des vertus d'Octavie, indignes de ce prix. Et de son chaste amour vainqueur de vos mépris; Surtout si, de Junie évitant la présence, Vous condamniez vosyeux à quelques jours d'absence, Crojez-moy, quelque amour qui semble vous charmer. On n'aime point. Seigneur, si l'on ne veut aimer.

Néron.

Je vous croiray, Burrhus, lorsque dans les allarmes Il faudra soutenir la gloire de nos armes. Ou lorsque, plus tranquille, assis dans le sénat. Il faudra décider du destin de l'Estat ; Je m'en reposerai sur vôtre expérience.

Mais, croyez-moy, l'amour est une autre science,

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