SCENE V
AGRIPPINE, BURRHUS
Agrippine. Quel attentat, Burrhus!
BuRRHUS.
Je n'y pourray survivre, Madame. Il faut quitter la cour et l'empereur.
Agrippine.
Quoy ! du sang de son frère il n'a point eu d'horreur!
Burrhus.
Ce dessein s'est conduit avec plus de mystère. A peine l'empereur a veu venir son frère, Il se levé, il l'embrasse, on se taist, et soudain César prend le premier une coupe à la main. (i Pour achever ce jour sous de meilleurs auspices, Ma main de cette coupe épanche les prémices, Dit-il. Dieux, que j'appelle à cette effusion. Venez favoriser nostre réunion ! « Par les mêmes sermens Britannicus se lie. La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie; Mais ses lèvres à peine en ont touché les bords, Le fer ne produit point de si puissans efforts : Madame, la lumière à ses yeux est ravie. Il tombe sur son lit sans chaleur et sans vie. Jugez combien ce coup frappe tous les esprits! La moitié s'épouvante et sort avec des cris; Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage Sur les yeux de César composent leur visage. Cependant sur son lit il demeure panché,
3oo BRITANNICUS
D'aucun estonnement il ne paroist touché.
« Ce mal dont vous craignez, dit-il, la violence
A souvent sans péril attaqué son enfance. »
Narcisse veut en vain affecter quelque ennui,
Et sa perfide joye éclate malgré luj.
Pour moy, dust l'empereur punir ma hardiesse,
D'une odieuse cour j'ay traversé la presse.
Et j'allois, accablé de cet assassinat,
Pleurer Britannicus, Cesa: .^t tout l'Estat.
Agrippine.
Le voicy. Vous verrez si c'est moy qui l'inspire,