‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 219 sur 225 · ACTE V, SCENE VI 3oi · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VI 3oi

Ma main de Claude même aura tranché les jours. Son fils vous estoit cher, sa mort peut vous confondre ; Mais des coups du destin je ne puis pas répondre.

Agrippine.

Non, non ; Britannicus est mort empoisonné : Narcisse a fait le coup, vous l'avez ordonné.

Madame... Mais C|ui peut vous tenir ce langage?

Narcisse.

Hé, Seigneur! ce soupçon vous fait-il tant d'outrage? Britannicus, Madame, eut des desseins secrets Qui vous auroient cousté de plus justes regrets. ■ Il aspiroit plus loin qu'à l'hymen de Junie De vos propres bontez il vous auroit punie. Il vous trompoit vous-mesme, et son cœur offensé Pretendoit tost ou tard rappeller le passé. Soit donc que malgré vous le sort vous ait servie, Soit qu'instruit des complots qui menaçoient sa vie. Sur ma fidélité César s'en soit remis.

Laissez les pleurs, Madame, à vos seuls ennemis. Qu'ils mettent ce malheur au rang des plus sinistres; Mais vous...

Agrippine.

Poursui, Néron, avec de tels ministres.

Par des faits glorieux tu te vas signaler. Poursui : tu n'as pas fait ce pas pour reculer. Ta main a commencé par le sang de ton frère; Je prevoi que tes coups viendront jusqu'à ta mère. Dans le fond de ton cœur je sçay que tu me hais; Tu voudras l'affranchir du joug de mes bienfaits ; Mais je veux que ma mort te soit mesme inutile. Ne crois pas qu'en mourant je te laisse tranquille:

3o2 BRITANNICUS

Rome, ce Ciel, ce jour que tu receus de moi, Par tout, à tout moment, m'offriront devant tov- Tes remords te suivront comme autant de furies Tu croiras les calmer par d'autres barbaries : Ta fureur, s'irritant soy-mesme dans son cours. D'un sang toujours nouveau marquera tous tes jours. Mais j'espère qu'enfin le Ciel, las de tes crimes, Ajoutera ta perte à tant d'autres victimes; Qu'après t'estre couvert de leur sang et du mien, Tu te verras forcé de répandre le tien ; Et ton nom paroistra, dans la race future, Aux plus cruels tyrans une cruelle injure.

Voila ce que mon cœur se présage de toy. Adieu, tu peus sortir.

Néron.

Narcisse, suivez-moy.

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