SCENE DERNIERE
AGRIPPINE, BURRHUS, ALBINE
Albine.
Ah! Madame! ah! Seigneur, courez vers l'empereur. Venez sauver César de sa propre fureur. Il se voit pour jamais séparé de Junie.
Agrippine.
Quoy! Junie elle-mesme a terminé sa vie?
Albine.
Pour accabler César d'un éternel ennui.
Madame, sans mourir, elle est morte pour luy. Vous sçavez de ces lieux comme elle s'est ravie : Elle a feint de passer chez la triste Octavie; Mais bien-tost elle a pris des chemins écartez
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Où mes yeux ont suivi ses pas précipitez. Des portes du palais elle sort éperdue. D'abord elle a d'Auguste apperceu la statue, Et, mouillant de ses pleurs le marbre de ses piez, Que de ses bras pressans elle tenoit liez : « Prince, par ces genoux, dit-elle, que j'embrasse, Protège en ce moment le reste de ta race. Rome dans ton palais vient de voir immoler Le seul de tes neveux qui te pust ressembler. On veut après sa mort que je luy sois parjure. Mais, pour luy conserver une foy toujours pure, Prince, je me dévoue à ces dieux immortels Dont ta vertu t'a fait partager les autels. » Le peuple, cependant, que ce spectacle estonne. Vole de toutes parts, se presse, l'environne. S'attendrit à ses pleurs, et, plaignant son ennuy. D'une commune voix la prend sous son appuy. Ils la mènent au temple où depuis tant d'années Au culte des autels nos vierges destinées Gardent fidellement le dépost précieux Du feu toujours ardent qui brûle pour nos dieux. César les voit partir sans oser les distraire. Narcisse, plus hardi, s'empresse pour luy plaire: Il vole vers Junie, et, sans s'épouvanter, D'une profane main commence à l'arrester. De mille coups mortels son audace est punie; Son infidelle sang rejaillit sur Junie.
César, de tant d'objets en mesme temps frappé. Le laisse entre les mains qui l'ont enveloppé; Il rentre. Chacun suit son silence farouche. Le seul nom de Junie échappe de sa bouche. Il marche sans dessein; ses yeux mal assurez