‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 59 sur 225 · ACTE V, SCENE II Dg · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II Dg

Antigone.

Ah ! je n'en cloute pas, Hémon est magnanime; Son grand cœureuttoûjourstropd'horreurpourleciime; Je l'avois conjuré d'empescher ce forfait, Et, s'il i'avoit pu faire, Olympe, il l'auroit fait. Mais, helas ! leur fureur ne pouvoit se contraindre; Dans des ruisseaux de sang elle vouloit s'éteindre. Princes dénaturez, vous voilà satisfaits : La mort seule entre vous pouvoit mettre la paix. Le trône pour vous deux avoit trop peu de place; Il faloit entre vous mettre un plus grand espace, Et que le Ciel vous mist, pour finir vos discords, L'un parmy les vivans, l'autre parmy les morts. Infortunez tous deux, dignes qu'on vous déplore! Moins malheureux pourtant que je ne suis encore, Puisque, de tous les maux qui sont tombez sur vous, Vous n'en sentez aucun, et que je les sens tous.

Olympe.

Mais pour vous ce malheur est un moindre supplice Que si la mort vous eust enlevé Polinice. Ce prince estoit l'objet qui faisoit tous vos soins. Les interests du roy vous touchoient beaucoup moins.

Antigone.

Il est vray, je l'aimois d'une amitié sincère, Je l'aimois beaucoup plus que je n'aimois son frère, Et, ce qui luy donnoit tant de part dans mes vœux, Il estoit vertueux. Olympe, et mal-heureux. Mais, helas! ce n'est plus ce cœur si magnanime, Et c'est un criminel qu'a couronné son crime. Son frère plus que luy commence à me toucher : Devenant malheureux, il m'est devenu cher.

6o LA THEBAIDE

Olympe.

Créon vient.

Antigone.

Il est triste, et j'en connois la cause. Au couroux du vainqueur la mort du roj l'expose. C'est de tous nos malheurs l'auteur pernicieux.

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