‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 77 sur 225 · ACTE I . SCENE III 8q · texte numérisé non relu

ACTE I . SCENE III 8q

Et qu'enfin cette sœur retourna vers son frère ; Mais je connus bien-tost Cju'elle avoit entrepris De l'arrester au piège où son cœur étoit pris.

PORUS

Et vous pouvez encor demeurer auprès d'elle! Que n'abandonnez-Yous cette sœur criminelle .'' Pourquoy par tant de soins voulez-vous épargner Un prince...

AXIANE

C'est pour vous que je le veux gagner. Vous verray-je, accablé du soin de nos provinces, Attaquer seul un roy vainqueur de tant de princes."^ Je vous veux dans Taxile offrir un défenseur. Qui combatte Alexandre en dépit de sa sœur. Que n'avez-vous pour moy cette ardeur empressée ? Mais d'un soin si commun vostre ame est peu blessée: Pourvu que ce grand cœur périsse noblement, Ce qui suivra sa mort le touche foiblement. Vous me voulez livrer sans secours, sans azile, Au couroux d'Alexandre, à l'amour de Taxile, Qui, me traitant bientôt en superbe vainqueur, Pour prix de vostre mort demandera mon cœnir. Hé bien, Seigneur, allez; contentez vostre envie. Combattez, oubliez le soin de vostre vie; Oubliez que le Ciel, favorable à vos vœux. Vous préparoit peut-être un sort assez heureux. Peut-estre qu'à son tour Axiane charmée Alloit. . . Mais non, Seigneur, courez vers vostre armée. Un si long entretien vous seroit ennuieux, Et c'est vous retenir trop long-temps en ces lieux.

PORUS

Ah ! Madame, arrestez et connoissez ma flâme!

Ordonnez de mes jours, disposez de mon ame. La gloire y peut beaucoup, je ne m'en cache pas; Mais que n'y peuvent point tant de divins appas! Je ne vous diray point que, pour vaincre Alexandre, Vos soldats et les miens alloient tout entreprendre; Que c'étoit pour Porus un bon-heur sans égal De triompher tout seul aux yeux de son rival. Je ne vous dis plus rien. Parlez en souveraine: Mon cœur met à vos pieds et sa gloire et sa haine.

AXIANE

Ne craignez rien : ce cœur, qui veut bien m'obeïr, N'est pas entre des mains qui le puissent trahir. Non, je ne prétens pas, jalouse de sa gloire. Arrêter un héros qui court à la victoire. Contre un fier ennemi précipitez vos pas, Mais de vos alliez ne vous séparez pas. Ménagez-les, Seigneur, et d'une ame tranquile Laissez agir mes soins sur l'esprit^e Taxile ; Montrez en sa faveur des sentimens plus doux. Je le vais engager à combattre pour vous.

Porus.

Hé bien. Madame, allez; j'y consens avec joye : Voyons Ephestion, puis qu'il faut qu'on le voye. Mais, sans perdre l'espoir de le suivre de prés. J'attends Ephestion, et 1^ combat après.

FIN DU PREMIER ACTE

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