ACTE PREMIER
pou libre de façons, elle n'est du moins j)as méchante, l'nis. son père est votre camarade d'enfance.
CHAMBRA Y
Oui, et j'ai un certain faible pour lui, malgré ses vices. D'ailleurs, ce n'est pas tout à fait un malhonnête homme. Mais il Ta échappé belle.
JEANM- .
Quanta monsieur de iMontaille, vous ne pouvez nier qu'il ne soit la correction même. Il en est... réfriii«''rant.
C II A M un AV.
Ce {(ui ne r<'niiK"che pas, celui-là, d'être probablemont nn drôle.
JF.ANNR.
Oh ! parrain !
CIIAMBRAV.
Oui, je sais, les Montaille sont, comme on dit, nos amis, à nous qui sommes, je l'espère, dhonnétes gens. Cela veut dire que très souvent, sans trop savoir pourquoi, par habitude ou lâcheté, on traite en amis des gens qu'on méprise parfaitement, avec qui on n'a pas une idée commune, et qui, en réalité, sont pour nous des étrangers. Et cela est stupide.
JEANNi:.
Alors Yoyo?...
CIIAMIÎRAY.
Yoyo... Comment findiqucr?... Enlin, voilà. Les Montaille n'ont aucune fortune, et lu uignores pas de quelle façon ils vivent. C'est la vie mondaine dans toute sa futilité et toute son horreur. Une vie très coûteuse... Comment font ils? C'est inexplicable; mais le malheur est qu'on l'explique. Comment.'... C'est bien simple, si simple que je n'ose pas te le répéter...
Bref, on l'expllcjuc par l'extrême gentillesse de Yoyo pour les amis de son mari et sa facilité à accepter les témoignasses de leur reconnaissance, — et par l'extrême discrétion de Montaille... Comprends-tu?
JEANNE
Je crois que oui, parrain.
CIl.VMBRAY.
J'ajoute que Montaille a la réputation, premièrement d'être très fort aux armes, et secondement de brocanter des bibelots et des vieux meubles aux amis de sa femme, qui sont toujours les siens. On raconte même l'histoire de certain meuble renaissance... — oui, un cabinet florentin, fin quinzième siècle ^on met les points sur les i) — qu'il aurait vendu successivement à plusieurs de ses intimes; car chacun d'eux le revendait, pas cher, pour s'en débarrasser, et Montaille le rachetait chaque fois, pas bien cher non plus, pour le replacer avantageusement... Comprends-tu?
JEANNE
Oh! parrain, pourquoi me dites-vous tout cela, si vous n'êtes pas sur? Pour moi, je n'y crois pas du tout, vous entendez? pas du tout. Mais rien que de me le figurer, cela me serre le cœur.
CHAMBRA Y
Oui, lu es une bonne petite lille. Tu es de celles que l'idée seule de l'existence du mal étonne et fait pleurer... Au reste, tu as raison, je ne suis pas sûr... Mais, en tout cas, je devais l'avertir, et voilà cjui est fait. 'A part.) Elle n'a pas compris un mot.
JEANNE, regardant au fond à droite.
Voilà monsieur de Vaneuse. 11 est venu à bicyclette.
CHAMP. RAY
Gamin!