VASEUSE
La maison de ma fille n"est pas un foyer. Yoyo est charmante, mais elle n"est pas plus sérieuse que son père.
CHAMIU5AY.
C'est toi qui l'as élevée.
VANEUSE.
Autrement dit, elle n'a pas été élevée du tout.
cil A MI! RAY.
l'Ile l'aime pourtant?
VANEUSE.
Je crois même qu'elle n'a jamais aimé que moi. Elle me trouve chic.
CHA.Mr.UAV.
Et ça ne te remplit pas le cceur. Il te manque quelque chose.
Ah! c'est triste d'avoir notre Age.
C I! .V M lî R A Y .
L'âge de la solitude. Tu commences à t'en apercevoir? Oui, quand on est hors delà règle naturelle, soit comme toi qui n'as jamais pris le mariage ni la paternité au sérieux, soif comme moi qui ne me suis pas marié, à partir de la cinquantaine on ne sait plus que faire de soi.
VANEUSE.
C'est vrai... Le jour, ça va encore. On joue son rôle de son mieux. On est soutenu par la galerie. Mais quand elle n'est plus là... Si je te disais que je n'ose presque plus rentrer chez moi!... Sais tu ce qui me fait rester au cercle , où cependant je ne m'amuse guère, jusqu'à des trois iKMires du matin? Eli bien,
mon ami, c'est répouvante d'être seul, pas autre chose... Je t'ennuie?
Pas du tout. Tu es mon ilote. Tu me rends service.
VANEUSE.
Et puis, on a beau lutter, faire bonne contenance, il y a la machine qui ne va plus, les rhumatismes, les gastralgies... Et personne pour vous soigner... On ne peut plus jouir de rien; et c'est d'autant plus atroce que l'on continue à faire mécaniquement les gestes des gens qui s'amusent, parce qu'on n'a jamais appris à en faire d'autres.
CHAMBRAV.
Je te plains. Mais tu n'avais qu'à vivre autrement. Tu aurais pu, si tu avais voulu. Tu as eu une femme excellente : il fallait être un bon mari. Il ne fallait pas traiter ta fille comme un joujou. Tu aurais de bons souvenirs, de bonnes habitudes, une intimité, un coin bien chaud. Ta fille, autrement élevée, aurait consenti à te faire grand-père, ce qui doit être délicieux. Au lieu de cela...
VANEUSE.
Eh bien, dis donc, et toi?
Quoi? moi?
VANEUSE.
Toi non plus, tu n"as pas de foyer. Tu en as même moins que moi.
CHAMBRAV.
D'abord ce n'est pas sûr. Et puis, moi, ce n'est pas ma faute.
VANEUSE.
Allons donc !