‹ Théâtre de Jules Lemaître. - (volume 2)Chapitre 121 sur 228 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

M.VRTIGNY, piqué.

KIi bien quoi, cclle-lù?

cil A MUR A Y.

Je ne voudrais rien vous dire de désagréable : mais voilà une fantaisie qui ne va guère à votre genre, mon pauvre enfant.

Quoi, mon genre? 11 faut croire que tout le monde ne me ti'ouve pas si empêtré, comme vous dites... Et puis, de quoi s'agit-il au fond? Est-ce que j"ai mis mon cœur là dedans? Est-ce que je suis le premier mari qui... Ah! mon Dieu, voilà-t-il pas une affaire?

CM A Ml? RAY.

^'ous devenez odieux, mon cher ami, tout simplement.

MARTIGNY

Non, mais c'est vous qui me faites dire des choses... Si je pouvais seulement parler à Jeanne!... Car, au bout du compte, elle a, tout au plus, des soupçons?

CHAMBRA Y

Elle sait tout.

Mais comment"? Ce n'est pas l'envoi de ce machin florentin (est-il seulement florentin?) qui l'aurait éclairée si elle n'avait pas su autre chose, si elle n'avait pas été avertie... Oui est-ce qui a bien pu lui dire?...

en AMBRA Y, un moment embarrassé.

Elle a deviné, parbleu, avec son instinct de femme... de femme jalouse...

MARTIGNY

Elle, deviner? Pauvre petite! Elle, si innocente et si confiante?... Non, je vous dis que quelqu'un a dû la

nicUi'c sur la voie. Sapristi! si je connaissais lanimal!...

C H A M lî RAY.

Elle sait tout, voilà le fait. Et, comme c'est une créature très candide, très loyale, que votre trahison a dû, par conséquent, bouleverser tout entière, et aussi une âme tendre et aimante, capable, sous sa douceur, de sentiments très profonds... enfin, qu'est-ce que vous voulez? c'est triste à dire, mais je me demande si elle pourra jamais vous pardonner. En tout cas, bien sincèrement, je vous conseille, dans votre intérêt, de ne pas la voir en ce moment. Ce serait maladroit; cela ne ferait qu'exaspérer sa souffrance et sa rancune. Croyez-moi, mon ami, ne la voyez pas; laissez passer la crise... C'est d'ailleurs le meilleur moyen de lui dérober certaines démarches... probablement inévitables, et qu'elle ne doit pas connaître.

Quelles démarches?

CIIAMBRAV,

Dame! mon ami, quand on s'est offert la femme d'un autre et qu'il en est informé, il faut généralement s'attendre...

MARTIGNV.

Tiens! c'est vrai... Montaille va sans doute m'envoyer ses témoins. Je n'y avais pas encore pensé.

c H A M r. RAY.

Il va sans dire, mon ami, que, si vous souhaitez mon assistance... J'ai assez l'expérience de ces choses-là.

MARTIGN Y,

Merci, vous êtes bien bon... Mais, je suis bête ! Il ne sait rien, Montaille. Il ne veut rien savoir, c'est même sa force. Il m'a tendu la main en s'en allant. Ainsi!

ACTK DEUXIÈME. 175

Cil A. M 15 II A Y.

11 peut se raviser. L"éclal a été si public, qu'il csl (lilTicilo, même à lui, de l'aire celui (jui ne comprend pas.

MAUTICNY.*

Nous verrons l)ien.

CllAMlUî A V.

Le drôle est extrêmement fort à l'épée.

Kli! qu'est-ce que ça me lait?

CHAMBRA V

Je savais. Pierre, que vous êtes brave.

MAKTICNV.

Oh! mon Dieu, non. iNIais tout m'est indifférent, à l'heure qu'il est, sauf une chose. Je veux voir Jeanne. Toute fâchée qu'elle est, je vous jure que, si je pouvais lui parler, lui dire mon chagrin, et aussi lui expliquer. .. bref, lui faire lire dans mon cœur, et puis... la prendre, l'embrasser comme je l'aime, — elle me pardonnerait, elle ne pourrait pas ne pas me pardonner.

CHA.MBRAY, glacial.

Je vous ai prévenu cju'elle dormait.

MARTI ( ;. N Y

Au moins, laissez-moi la regarder... rien qu'un peu, en enlr'ouvrant la porte tout doucement. J'ai besoin de la voir.

Vous êtes fou.

Je veux la voir, Non !

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