C II A M B R A Y
Oui, c'est vilain, mais cVst comme ça.
Un silence.
JEANNE
Parrain, vous venez de me faire bien du mal; mais vous avez eu raison de me dire tout cela, et je vous en remercie... Je n'ai plus d'illusions Je vois maintenant les choses comme elles sont. Il ne m'aime pas, il ne m'a peut-être jamais aimée, et moi je ne l'aime plus. Et c'est le dégoût, plus encore que la douleur, qui a tué mon affection pour lui. Alors, c'est bien simple, nous n'avons qu'à nous séparer. Je ne veux plus le voir, jamais; je m'en irai; je...
CHAMBRAV.
Ce n'est pas sérieux, Jeanne? Réfléchis un peu, mon enfant. J'ai eu tort de répondre un peu brutalement à tes questions; j'aurais dû songer qu'une jeune femme et un vieil homme ne pouvaient voir ces vilaines réalités-là du même œil. Mais, je te raffirmc à présent, Pierre n'est pas si coui)able que lu te l'imagines. 11 n'aime pas Yoyo: ce n'est pas son cœur qu'il lui a donné, et ce n'est pas par le cœur qu'elle le tient, tu peux en être sûre. Alors?
JEANNE
C'est vous mainlenant qui ne comprenez pas, parrain. S'il l'aimait vraiment, avec son ca;ur, ce serait plus triste en un sens, mais je trouverais peut-être sa conduite moins monstrueuse.
On dit cela. Mais, s'il avait pour elle une véritable passion, tu dirais : « Si encore ce n'était qu'un caprice d'homme ! »