ACTE TROISIÈME
elles sont. Est-ce singulier ! Vous ne m'avez pourtant jamais ménagée, vous vous souvenez? Eli bien, je ne vous en ai jamais voulu. De vous, tout était bon... Au fond, ce sont peut-être vos sévérités qui m'ont, peu à peu, éclairée sur moi-même. Je sentais (ju'elles me faisaient du bien. Et c'est pourquoi jai eu l'idée de venir à vous aujourd'hui, au risque d'être encore bousculée... Je vois déjà que j'ai été très coupable — et très sotte, que mon affectation de ne croire à rien et de me moquer de tout était vilaine et ridicule ; que j'étais une petite créature très futile et qui pouvait être malfaisante... C'est à vous que je dois de m'en être aperçue... N'est-ce pas que vous me croyez? N'est-ce pas que vous me pardonnez? N'est-ce pas que vous continuerez votre œuvre?
Elle s"est approchée très près de Cliambray et a \ips6 la main sur la sienne.
Cil A MI? RAY.
Mon Dieu... ça en vaudrait peut-être la peine.
Oui, je vous le jure... Vous me donnerez de bons
conseils; vous veillerez sur moi (Se frottant contre Cham-
bray.); VOUS m'aidercz à devenir une honnêle femme... Tenez, prenez-moi...
en A M 15 HA Y, à part.
Hé! si j'avais encore mes cinquante-cinq ans...
Prenez-moi pour me défendre, pour me faire meilleure, pour m'élevcr jusqu'à vous... Dites, vous voulez bien?
G II AMBRA Y, à part.
Diable! diable!
Je vous rendrai cela comme je pourrai, en vous aimant de tout mon cœur... Vous allez être si seul!
-m LAGE DIFFICILE.
Vous me permettrez de vous voir souvent. Je tacherai de remplacer Jeanne auprès de vous... oh! jusqu'à ce qu'elle vous revienne... — C'est presque un devoir pour moi, puisque c'est moi qui vous ai séparé d'elle.
Elle a fini par poser sa tête sur l'épaule de Chambray : mais, au nom de « Jeanne » Chambray a eu un irémissement, et s'est arraché brusquement à la demi étreinte de Yoyo.
CHA.MnRAV.
Tout cela veut dire que vous n'avez plus le sou et que vous êtes une délicieuse coquine.
Oh!
Elle se dresse, comme sufToquée d'indignation, gagne la porte, puis chancelle; Chambray la reçoit, la soutient et la dépose sur le canapé.
CHAMBRAY
Ça y est !... Elle se trouve mal... comme Jeanne l'autre jour : mais c'est beaucoup mieux fait : tant
l'art surpasse la nature ! (Toujours pâmée, Yoyo fait signe, du doigt, qu'il faut desserrer son corsage. 11 la dégrafe.^ Là !... (Entrevoyant la gorge de Yoyo.) Matin! (Après quoi, laissant Yoyo à
sa syncope, il redescend.) Ça u'est [)as grave... Elle reprendra ses esprits... quand il faudra. Mon Dieu, je sais bien qu'elle n'est qu'une petite bête de joie, que son mari est un misérable, et qu'en ce moment même elle joue une comédie... qu'il lui a peut-être conseillée. Je sais tout cela, et elle sait que je le sais... Et puis après?... L'illusion n'esl pas nécessaire. Nous n'aurions, ni l'un ni l'autre, de surprise ni de mécompte : la situation serait dune netteté admirable... (Regardant Yoyo, toujours évanouie.) Oui, il w'y a pas à dire, ce serait une jolie maîtresse... Un peu coûteuse peut-être, mais pas tant que si je n'étais pas averti. Son mari même y mettra de la discrétion, maintenant qu'il sait, lui aussi, que je le connais et que je puis le nommer par son nom. Il me fera des concessions, des prix d'ami,