ACTE DEUXIKMi
pourtant pas me faire des scènes de jalousie? D'abord, je ne le mérite pas... Et quand même je...
SUZANNE
N'achève pas, .Georges... (Avec un grand effort.) Non, va, je ne suis pas jalouse... Je connais Thérèse, je suis bien sûre qu'elle ne voudrait pas me faire de mal. Je n'oublie pas quelle amie elle a été pour nous; je conçois très bien que tu lui donnes une place à part dans ton cœur, et je ne dois pas en prendre d'ombrage... Je tâcherai d'être bonne comme elle, voilà tout. — Seulement... si j'ose te faire une prière... ne me cache rien!...
Mais...
SUZANNE
Oui, c'est entendu, lu n'avais rien à me cacher, c'est moi qui ai été maladroite et sotte. Mais comprends comment je te dis cela... Je te place si haut, il y a tant de respect et de confiance dans l'amour que j'ai pour toi; même quand tu es un peu méchant, tu es si bien pour moi le seul appui, le seul asile, que si je ne pouvais plus croire en toi, d'une foi absolue, comme un enfant, tout me manquerait et je sens que je ne i)Ourrais plus vivre.
GEORGES
Ouede grandes phrases, ma chérie!.. Allons, l'incident estclos, et nous n'en parlerons plus... (il se promon© à grands pas.) Nous sommes f(ms, ma parole? ou en train de le devenir... C'est vrai, nous sommes là à prendre les chosesau tragique... Je me demande si elles valent même la peine d'être prises au sérieux!... On dirait que ce qui nous est arrivé est unique, que cela ne s'est jamais vu depuis que le monde est monde!... Ah! Dieu! si on connaissait l'histoire de tous les ménages!... C'est slupidc, à la fin, cette rage de tout H. 16
dramatiser... Écoute, je te propose une trêve. Le passé est le passé... Je suis maintenant sûr de toi, et ta n'es plus une petite fille. Sois tranquille, je ne t'ennuierai plus. Mais sois raisonnal)le de ton côté. C'est bien le moins, n'est-ce pas? que tu oublies, quand je ne veux plus me souvenir... Et puis... si tu veux me faire plaisir... ne me place pas si haut. Je ne suis qu'un homme... et ça n'est pas merveilleux, un homme... Oui, j'étais un rêveur ; je prenais Tamour, et le mariage, et tout, avec un sérieux... qui devait me rendre joliment assommant! Mais, décidément, il ne faut pas exiger de la vie ce qu'elle ne peut donner... Je m'accommode très bien de ce qu'elle nous laisse... Nous vivrons gentiment... en bons compagnons... tiens, comme Jacques et Thérèse. Voilà des sages et qui comprennent l'existence!... Et maintenant que le pacte est conclu... embrassons-nous, ma clière petite camarade.
Il sort en fredonnant.
SUZANNE, seule.
Hélas! je l'aimais mieux quand il était méchant.