ACTE TROISIEME
CEUROES.
Thérèse! n'ayez pas de ces paroles amères, ou je croirai que c'est vous qui êtes lasse et qui ne voulez plus de moi.
THÉRÈSE
Vous aimeriez mieux cela, n'est-ce pas?
GEOHOES.
(Juelles preuves voulez-vous donc de mon amour, Thérèse?... Écoutez, tant (jne nous resterons ici, nous nous rendrons malheureux... Voulez-vous que nous partions? que nous allions tous les deux, seuls, très loin?
THERE.SE, ironique.
Merci, Georges.
GEORGES
Cela signifie ?
THÉRÈSE
Comme vous me haïriez si je disais oui!... Enfin... vous faites ce que vous pouvez, et je dois vous savoir gré de cet effort... et de ce mensonge... Ahî mon pauvre ami! nous n'aurons eu de bon que notre première rencontre... Vous rappelez-vous? nous pleurions tous deux, comme deux bètes... Nous nous attendrissions sur vous. C'était délicieux... Hélas, dès le lendemain le charme était rompu, et j'ai senti que vous me reprochiez secrètement de vous avoir cédé. Vous ne vous souveniez déjà plus que, si j'avais été faible, — ah! bien faible, je le reconnais, et bien lâche — ce n'était pourtant pas moi qui vous avais pris, et que, ce qui était arrivé, vous l'aviez voulu enfin, voulu de toutes vos forces, et avec une sorte d'emportement désespéré... Je ne dis point cela pour me justifier : je dis la vérité vraie, rappelez-vous... Et je ne veux pas non plus vous accabler de mon sacrifice. Il a dû m'étre léger, puisque je vous aime... Mais j'étais si tranquille
28i LE PARDON.
avant de vous avoir revu ! ma vie était si droite et si heureuse! et j'avais tant de raisons de m'y tenir! Ma seule excuse, si j'en pouvais avoir une, eût été dans la profondeur et la durée du sentiment que je croyais vous avoir inspiré. Je n'avais pour jusliiication que le besoin que vous disiez avoir de mon amour... Et presque tout de suite j'ai vu que nous nous étions trompés. Et ainsi c'est pour rien que je me suis perdue. Et vous n'êtes pas plus heureux et je suis bien malheureuse.
Non, Thérèse, non, ma chérie, ne dis pas cela. Oublie les méchantes paroles qui ont pu m'échapper. Je ne sais pas ce que j'avais tout à l'heure... Je t'aime, entendstu? (il la prend par la taille.) -Ma lettre ne Compte pas... Oui, je serai là tantôt... je m'arrangerai pour cela. Et surtout ne va pas croire que cela me coûte, ou que je te dis cela pour ne plus te voir pleurer... Regarde-moi. Ai-je l'air de quelqu'un qui joue la comédie"?... Est-ce qu'ils mentent, mes yeux?... Va, si j'ai loin de toi des heures d'angoisse, — soit remords ou lâcheté ou ce que tu voudras, — dès que je te retrouve, et que je te touche, et que je te tiens sur mon cœur, je suis à toi, à toi seule, comme le premier soir... A tantôt. Est-ce dit?
THÉRÈSE
Merci de votre aumône, Georges. Je ne suis pas fière, car moi je vous aime.
Je ne veux pas que vous parliez ainsi, Thérèse, et je ne veux pas que vous soyez triste. C'est vraiment assez d'une victime.
THÉRÈSE
\'ous y revenez, Georges.
GEORGES
Puis-je empêcher ce qui est"? Apparemment on ne