SCENE Y
II EL km:, PF.IAM.
llKLiNE, surprise.
Le roi Priam?
PlilAM.
Je viens, Hélène au front tliarmant Pour te réconforter en ce triste moment.
uÉi.ksK.
Hélas! père chéri, pourquoi suis-je pas morte, Quand, du toit conjugal ayant franchi la porte. Fugitive, je vins à Troie avec ton fils? Mais je n'eus pas le ca?ur de mourir, et je vis Pour pleurer, d'un regret éternel consumée...
PRIA M
Apaise ton souci, ma fille bien-aimée.
Jamais je ne te fis de reproche. A mes yeux, Hélène, tu n'es pas coupable, mais les dieux : C'est eux qui sur ma ville ont déchaîné la guerre. Je veux te dire un mot que j'entendis naguère. Plusieurs vieillards, assis au soleil, le menton Sur leurs mains, et les doigts croisés sur leur bâton, Devisaient lentement au haut des portes Scées. Leur prudence abondait en paroles sensées; Tu vins, à pas légers, te promener par là. Chère fille; et voici comment l'un deux parla : « J'ai beau faire; à la voir passer, surnaturelle » Et douce, je ne puis m'indlgner que, pour elle, » Les Grecs et les Troyens, depuis bientôt dix ans, » Meurtris, mais non lassés, souffrent des mauxcuisants: » Car elle est belle ainsi qu'une jeune déesse. » Et je n'ai point trouvé ce propos sans sagesse.
HÉLÈNE
Certe ils exagéraient. Je ne puis oublier Que mes faibles appas n'ont rien de régulier. Et cependant, partout où les dieux m'ont menée, Avant et même après mon funeste hyménée. Tous les yeux rencontrés me désiraient... 11 faut Que le Ciel, en ce corps qui n'est point sans défaut. Ait mis je ne sais quoi par où je plais aux hommes... Plus d'un, pour être aimé, m'offrit de fortes sommes. On est très bon pour moi : mais nul ne m'est meilleur Que vous, cher père.
Au mois où les vignes en fleur Parfument de leur miel les collines pierreuses. L'âme antique du vin dans les amphores creuses S'émeut et se souvient des chauds printemps enfuis :
ACT1-: PREMIER. 30f>
Tel mon vieux sang, à l'heure où tu lépanouis. S'éveille, et se souvient d'avoir aimé.
HÉLÈNE, toucliéc.
Mon père!
PRIAM
Dans ma maison, triste aujourdhui, jadis prospère. Vivent autour de moi mes quarante-neuf brus. Elles sont belles; mais, du jf>ur où tu parus, Hélène, tu me fus plus chère quelles toutes. Hélène, douce Hélène, il faut que tu m'écoutes. Dans une chambre close, au fond de mon palais, J'ai des coffres tout pleins d'anneaux, de bracelets. De plaques, de colliers et de pendants d'oreilles, Et de tissus plus fins que des ailes d'abeilles. Viens me voir un matin : je te les montrerai Pour que, dans ce trésor choisissant à ton gré, Tu sois la mieux i)arée, étant la plus jolie.
HÉLÈNE
Mais...
PRIA M
Dis que tu viendras; dis-le, je t'en supplie.
HÉLÈNE
Hélas! de vains joyaux mon ca'ur n'a plus désir. Toutefois je viendrai pour vous faii-e plaisir. Mais il ne faudra point qu'Hécube le soupçonne. Car je n'ai jamais pu faire souffrir personne.
PRIAM
Elle ne saura rien, n'en prends pas de souci. Mais tu viendras? Bien sur?
HÉLÈNE
L'ai-je pas dit?
PRIAM
Merci.
HÉLÈNE
Je vous respecte trop pour ne pas vous complaire.