ACTE TROISIEME. o
Mais va donc !
llliHMANN.
Eh bien ! j'ai que la pensée d'être ici Ion complice me fait horreur. Veux- tu que je te dise pourquoi tu viens mendier pour ce pauvre baron Grùnig? C'est que cet homme te tient à la gorge, toi, deuxième prince de sang; c'est que tu lui dois plus de douze millions et qu'il juge que l'heure est venue de l'acquitter. C'est que ce matin même tu as reçu la visite de son homme d'affaires qui t'apportait ses dernières sommations. L'ingrat ne se souvient plus qu'il a été ton cher ami, qu'en retour de l'honneur que tu lui faisais d'être son hôte, tu te contentais d'un modeste bénéfice de cinquante mille francs chaque soir au baccara... Oui. c'était réglé comme un papier à musique. C'était ton indemnité de déplacement, et même tu ne te déplaçais que pour l'indemnité. Il trouve maintenant que c'est ti'op cher, surtout en y joignant les autr.es petites sommes que tu daignais lui emprunter. Il trouve que l'honneur de ton amitié ne vaut plus cela, qu'il a fait un marché de dupe. Et il te met en demeure de payer, de n'importe quelle façon. xVh! oui, tu es un joli prince! Ta femme, ta pauvre femme, qui pendant ce temps-là vit comme une l'ccluse, écrasée sous la honte et la douleur, sanglotait encore l'autre jour en me parlant de toi. Tu as si follement et si brutalement abusé de tout que tu en es maintenant à rechercher les sensations... excentriques, celles qui mènent au bagne les simples particuliers. Tu as commencé par descendre aux jupes crottées, filles de la rue ou servantes, et tu te déguisais pour courir des aventures de taverne. Puis cela ne t'a plus suffi. Une des occupations de la police est de te protéger. Non, non, je ne paierai pas à cet homme l'argent de tes vices; la royauté n'est pas un brigandage.
oi LES ROIS.
OTTO
Quest-ce que tu veux? quand on s"ennuie! Et si tu savais comme je m'ennuie!... Je t'avertis d'ailleurs que tout ce que tu viens dédire est très exagéré... Mais enfin, puisque tu sais tout, et même un peu plus qu'il n'y en a, tire-moi de là ! Tu vois bien que, si je t'ai parlé, c'est que je ne pouvais pas faire autrement. Que veux-tu que je devienne?
HERMANN
Arrange-toi, vends un château. Celui de Grotenbach est ta propriété personnelle.
Grevé d'hypothèques, mon pauvre Hermann.
HERMANN
Fais-toi lami intime de quelque autre banquier.
UTTct.
Alors tu ne veux rien faire pour moi? Remarque comme je suis patient... Après tout, je suis ton frère et si cela te donne certains droits, comme de me dire des choses désagréables, cela te crée, ce me semble, certains devoirs...
HERMANN
Eh! qu'est-ce que cela fait que tu sois mon frère? Comme si cela signifiait quelque chose chez nous autres! Nous sommes -nous jamais aimés? Nous sommes-nous seulement connus? Est-ce que je ne sais pas. d'ailleurs, que tu me hais?
OTTO
Moi?...
On enend crier du deliors : « Vive le prince Ottol » HERMANN.
Entends-tu ce que crient ces gens-là?