ACTE QUATRIEME
KATE
Je ne m'en souvenais seulement plus... Mais quel mal y a-t-il à cela?
Cet homme-là n'est pas du pays; personne ne savait d'où il venait, et il paraît qu'il avait de drôles de façons avec les filles. Depuis que le roi est à Lowenberg, qui est pourtant à deux lieues d'ici, on voit rôder jusque chez nous un tas de fainéants... des piqueux, des palefreniers. Je serais bien étonné si c'étaient tous d'honnêtes gens.
KATE
En tout cas, grand-père, celui-là n'est pas un palefrenier.
GOTLIEB.
Qu'est-ce que tu en sais?
On voit bien ça!
GOTLIEB.
A quoi?
KATE
Aux manières.
GOTLIEB.
C'est peut-être un prince déguisé?
KATE
Je ne dis pas ça; mais je répondrais que c'est quelqu'un de très bien.
GOTLIEB.
Quelqu'un de très bien... Raison de plus pour te méfier.
KATE
Oui, grand-père (Un silence — càUne.) Grand-père, vous
savez ce qu'on dit, que les princes sont à Lowenberg avec la princesse Wilhelmine?
GUTLIEIÎ, bourru.
Oui, oui.
KATE
Vous les connaissez?
Si je les connais!
KATE
^'ous les avez vus souvent?
GOTLIED.
J'ai vu le prince Hermann tout petit quand j'étais soldat. Je l'ai encore vu, un peu plus tard, quand j'étais brosseur d'un des officiers d'ordonnance de Sa Majesté le roi... J'ai aussi rencontré le prince Otto par-ci par-là...
KATE
Comment sont-ils?
Comme tout le monde... Mais ne perdons pas de temps. Madame va rentrer... Elle est allée cueillir des bouquets...
KATE
Je sais bien pourquoi.
GOTLIEB.
Ah ?
KATE
C'est qu'elle attend monsieur le comte ce soir... A quelle heure arrive-t-il?
GOTLIEB, brusquement.
Je ne sais pas.
KATE
Est-il déjà venu?