‹ Théâtre de Jules Lemaître. - (volume 2)Chapitre 97 sur 228 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

était, lui aussi, très fort en chimie, à ce qu"il paraît. II avait même perfectionné l'invention de mon parrain. Mon parrain l'estimait beaucoup. Pierre était ce qu'il est resté : très dou.x, un peu timide et songeur. Nous nous rencontrions souvent chez mon parrain... Le reste était indiqué, n'est-ce pas? Mon oncle m'a dit : « Epouse-le, je me charge de son avenir. » Et depuis nous vivons tous les trois ensemble.

MADAME MÉRIEL.

II doit être très heureux?

II le dit.

Est-il erai?

JEANNE

M A DAME MERIEL.

JEANNE

Mais oui... Pourtant je me souviens qu'il était triste autrefois. Mais cela a passé. Seulement...

MADAME MÉRIEL.

Seulement?

JEANNE

II a parfois des brusqueries et des moqueries... qui étonnent quand on ne le connaît pas. Il dit toujours sa pensée, n'importe devant qui... C'est bien naturel... un homme comme lui, qui a toujours commandé, qui n'a jamais rencontré personne qui lui fût supérieur... Et, avec tout cela... Mais je vous dis des choses...

MADAME MÉRIEL.

Allez donc.

JEANNE

Eh bien, avec tout cela, il est si tendre qu'il a absolumentbesoin d'être aimé pour être content.

MADAME MÉRIEL.

Aimez-le donc beaucoup, beaucoup.

JEANNE

Cest ce que je fais, madame, et cela n'est pas difficile. (Malicieusement.) Avez-vous cncore quelque chose à me demander?

MADAME MÉRIEL, souriant.

Non, pas cette fois... 11 serait juste que je vous parle un peu de moi, à mon tour, après vous avoir tant questionnée sur vous et sur les vôtres. Mais ce serait peu intéressant. Je suis veuve; mon mari était armateur à Bordeaux. J'ai eu ma bonne part d "épreuves, et maintenant je suis seule... comme serait votre oncle, s'il ne vous avait pas. Voilà tout... ^'oulez-vous que nous nous voyions quelquefois?

JEANNE

Mais certainement, madame.

MADAME MÉRIEL.

Si vous étiez tout à fait bonne (et je suis sûre que vous l'êtes) vous m'amèneriez un jour vos petits enfants. Quel âge ont-ils?

JEANNE

Cinq ans et trois ans, madame. L'aîné sappelle Jacques, comme mon oncle; et la cadette, Amélie. Je trouve ce nom pas bien joli et un peu Louis-Philippe... Mais c'est mon oncle qui l'a choisi.

Vous me les amènerez, n'est-ce pas? Quoique vieille, je sais très bien amuser les enfants... J'en ai eu, moi aussi... Vos petits trouveront à la maison beaucoup de vieux jouets... un peu cassés... Ils les finiront... Vous voulez bien?

JEANNE

C'est dit. (Regardant vers le fond, à gauche.) Voici mon

parrain qui rentre. Désirez-vous le voir, madame?

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