‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 101 sur 225 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

C HA MB RAY.

Non, ce n'est pas ma faute. Il y a quarante ans, — quarante ansl — j'ai aimé une jeune fille, moi, si tu veux le savoir. Je dis : aimé absolument, de toutes les forces de mon esprit et de mon cœur... Mais qu'est-ce que je te raconte là? c'est de l'hébreu pour toi.

VANEUSE.

Je te demande pardon. J'ai aimé comme ça moi aussi.

CHAMBRA Y

Et même plusieurs fois?

Et même pas mal de fois.

CHAMBRA Y

Moi, ça ne m'est arrivé qu'une fois. Voilà entre nous toute la différence.

VANEUSE.

Mais, puisque tu l'aimais tant, il fallait l'épouser.

en AMBRA Y.

Évidemment; mais, le jour où je m'étais promis de me déclarer, elle me donna le plus horrible témoignage d'estime : elle me confia affectueusement qu'elle en aimait un autre, — oh ! un garçon très bien, beaucoup mieux que moi, — et que le mariage était décidé.

VANEUSE.

Et alors?

CIIAMBRAY.

Alors, je suis parti; j'ai été découvrir mon petit coin d'Afrique.

VANEUSE.

Et elle?

CHAMBRAY

Je ne l'ai pas revue depuis, et je ne sais pas ce

qu'elle est devenue. Je suis resté seul; j'ai voyagé; j'ai travaillé, et beaucoup. Et puis, à uu moment, j'ai eu peur de devenir comme toi...

Page 1