‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 146 sur 225 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

la recevoir... Mais elle s'occupe toute la journée de sa maison, de ses enfants... Ah! elle s'en donne! Je ne l'ai jamais vue comme cela. Elle est en train de devenir une ménagère remarquable.

CHAMBRAV.

Et comment a-t-elle pris mon affaire avec Montaille?

MARTIGNY

Elle ne l'a sue que lorsque tout était terminé. Elle n'a donc pas pu en être autrement bouleversée, grâce à Dieu.

CHAMBRAY

C'est heureux... C'est très heureux... Pourquoi n'estelle pas revenue me voir?

MARTIGNY

Je vous avoue que je ne le lui ai pas conseillé... Vous l'aviez fait mettre à la porte. Elle a voulu vous épargner l'effort et le chagrin d'agir une seconde fois contre votre cœur, et de paraître méchant quand vous êtes bon...

CHAMBRAY

Un peu compliqué, ce raisonnement... Et Jacques et Amélie?

MARTIGNY

Ils vont très bien. Je vous ai dit que Jeanne s'occupe beaucoup d'eux. Elle ne les quitte plus; c'est une folie

CHAMBRAY

Est-ce qu'ils parlent de moi?

MARTIGNY

Oui, oui, quelquefois..., souvent.

CHAMBRAY

Est-ce qu'ils me réclament?

Jeanne leur a dit que vous étiez en voyage... Et puis, vous savez, à cet âge-là...

CHAMBRAY

C'est juste... Enfin, Jeanne n'est pas malheureuse?

MARTIGNY

Elle souffre de votre absence. Mais elle sait bien qur vous nous reviendrez.

CHAMBRAY

Vous croyez?... Eh bien, si elle m'attend, elle attendra longtemps. Dites-le-lui : ça lui fera plaisir, puisqu'elle se trouve si bien d'être délivrée de moi, puisque mes affaires la laissent si tranquille, et puisque mon départ a éveillé chez elle, — comme ça. tout d'un coup, — tant de vertus domestiques!... Tout va si bien, sans moi! A qui est-ce que je manque? et pourquoi revieudrais-je? Vous m'offrez d'être le vieux parent dont on supporte le voisinage, à condition qu'il soit discret et qu'il se tienne à sa place. C'est très généreux de votre part, mais je vous dis grand merci.

MARTIGNY

Oh! monsieur Chambray, vous qui tout à l'heure m'avez tendu la main!

CHAMBRAY

J'étais un imbécile. Mais vous êtes, vous, un fier maladroit! Heureusement elle me sauve, votre maladresse.

Que je sois maladroit, ce n'est pas une nouvelle qut* vous m'apprenez, mon cher maître. Mais je vous répète que nous vous aimons, que nous vous attendons el que vous ne pouvez pas ne pas revenir.

CHAMBRAY

En d'autres termes, vous pouvez vous passer de moi et je ne puis pas me passer de vous? C'est ce que nous verrons... Est-ce que j'ai besoin d'elle? Est-ce que j'ai besoin de vous, mon pauvre garçon? Non, noo. Vous

MARTIGNY

CHAMBRAY

MARTIGNY

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