‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 151 sur 225 · ACTE TROISIExME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIExME

je disais les vieux, tout à l'heure, c'est une concession que je te faisais. C'est à quatre-vingts ans qu'on commence à être vieux. Notre Age à nous, c'est l'automne, la saison charmante...

CHAMBRAY

Oui, l'âge adorable où Ton découvre l'innocence des trottins, où les petites bouquetières s'adressent à vous de préférence, où les entremetteuses vous envoient leurs circulaires, ou bien, quand on est lionnéte, l'âge où l'on épouse sa cuisinière pour n'être pas seul... Pouah !

VANEUSE.

Bah ! Tout ça, c'est vivre, après tout. Essaye, et tu m'en diras des nouvelles.

Toi, tu viens de gagner au jeu.

YANEUSE.

Oui, mon ami, et même pas mal. Mais ce n'est pas ça qui empêche ce que je te dis d'être vrai. Et, comme tu es riche, toi, tu n'auras pas besoin d'être heureux au baccara pour voir les choses comme je les vois aujourd'hui. Tu auras tout le temps l'illusion, l'illusion sainte. Tu as d'ailleurs une revanche à prendre. Car tu n'as pas eu de jeunesse, toi, ou presque pas. Tu étais austère et laborieux... A quoi ça t'a-t-il servi?

CHAMBRAY

Probablement à souffrir un peu plus. (Gertrudc lui remet une carte.) C'est déjà ta fille.

YANEUSE.

Allons, reçois-la, tu me l'as promis.

Chambray fait signe que oui à Gertrude, qui so«-t. CHAMBRAY.

Dis-moi... es-tu vraiment inconscient?

VANEUSE.

Inconscient?... Mais, mon ami, si je Tétais, je ne le saurais pas.

CHAMBRA Y

C'est juste.

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