‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 26 sur 225 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

GRUNIG.

Monseigneur, je supplie Votre Altesse royale de ne pas s'inquiéter pour si peu. Un de mes hommes d'affaires s'entendra avec Elle pour les six mille louis de ce soir, et aussi pour ces deux petites notes...

Il tire des papiers d'un portefeuille.

OTTO

Hein? Qu'est-ce que c'est que ça?

GRUNIG.

Oh! des riens, monseigneur. La Compagnie de l'Est réclamait cinq mille francs pour le wagon-salon qu'elle a mis à la disposition de Votre Altesse royale lors de son précédent voyage en France. Votre Altesse, à qui l'on avait envoyé la note, aurait répondu que cela me regardait. J'ai donc eu le plaisir de vous avancer la somme, comme en témoigne cette facture acquittée.

C'est bon. Et l'autre?

GRUNIG.

Une bagatelle. On inquiétait une de vos amies, la comtesse Moreno, venue à Paris à votre appel, pour une note de trois mille francs à l'Hôtel Continental. La comtesse prétend qu'une réclamation qu'elle vous avait adressée serait restée sans réponse. Alors elle a eu recours à moi. Votre Altesse désire-t-elle voir la facture?...

OTTO

C'est tout?

GRUNIG.

Cinq mille, trois mille, plus les six mille louis, cela fait cent vingt-huit mille... Je ne parle pas des douze millions que j'ai eu l'honneur d'avancer à Votre Altesse en neuf prêts dont voici les reconnaissances...

Il tire des papiers d'un portefeuille.

OTTO

Vous avez de l'ordre.

GRUXIG.

Beaucoup... Il va sans dire que, pour cette dernière somme, je suis tout disposé à accordera Votre Altesse un délai raisonnable et que nous espacerons les échéances à son gré.

OTTO, ricanant.

Pourquoi pas tout de suite les huissiers?

GRUNIG.

Je vous assure, monseigneur, que je n'ai jamni^ parlé plus sérieusement de ma vie.

OTTO

Vous savez fort bien, mon cher ami, que je n'ai pas le sou .

GRUNIG.

Votre Altesse raille?

OTTO

Ah ! sapristi non :

GRUNIG.

Nous sommes donc très sérieux tous les deux. J aime mieux cela.

Un silence.

OTTO

Allons! le fond de votre pensée? Dites vite.

GRUNIG.

Mais, monseigneur, il n'y a dans le fond de ma pensée que ce que je vous ai dit.

OTTO

Cette concession de mines, n'est-ce pas?

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