ACTE TROISIEME
OTTO
Non.
IIERMANX.
Ils crient : « Vive le prince Otto ! >
OTTO
Tiens, c'est ma foi vrai. Qu'est-ce que j'y peux? Ce iicst pas un cri séditieux... Si j'étais l'aîné, ils crieraient : « Vive le prince Hermann! » C'est clair comme le jour.
HERMANN
Sais-tu qui les a payés?
OTTO
Ce n'est toujours pas moi, je ne suis pas assez riche pour cela.
HERMANN
C'est toi; et c'est toi qui as fait afficher dans la ville les placards que j'ai fait déchirer ce matin, où l'on me dénonce au peuple comme jouant un double jeu, libéral dans mes déclarations publiques, mais secrètement allié à la réaction... Ne nie pas, j'ai les preuves.
OTTO
Quelles preuves? Des rapports de policiers qui font du zèle... Tu me dis tout cela pour te dispenser de me rendre le petit service que je te demandais... Tu as tort, Hermann, je t'assure que tu as tort.
HERMANN
Écoute! (Entre un offlcier d'ordonnance.) Eh bien?
l'officier.
La manifestation s'est mise en marche à l'heure annoncée. Dix mille hommes environ, quelques centaines de femmes et d'enfants. Ça a été très calme d'abord. Mais tout à coup, à l'angle du quai Saint-
o6 LES ROIS.
Pierre et de la rue de la Mégisserie, Awdolia Lalanief a déployé le drapeau noir...
HERMANN
Encore elle!...
l/OKFICIER.
On le lui a arraché; il y a eu des coups échangés. Rien de très grave pourtant... Awdotia, qui résistait, a été conduite au poste avec trois ou quatre ouvriers grévistes. La manifestation continue son chemin, pacifique en apparence, presque silencieuse. Quels sont les ordres de Votre Altesse royale?
HERMANN
Les mêmes : qu'on laisse faire.
l'officier.
Les manifestants vont passer sur le quai de la Ferronnerie. On pourra facilement les voir des fenêtres de la salle du l'rônc.
IIKRMANN.
J'y ai pensé, merci... (L'oiHcier sort. — \ otto.) Qu*as-tu à rire?
OTTO
Je pense que tu auras beau faire, tu liniras, bon gré mal gré, par où tu aurais du commencer. Va, va, j'aurai le plaisir exquis de te voir tirer sur ce bon peuple, en qui tu as tant de confiance et que tu aimes tant.
HERMANN
Mais ccsl aJtominable, ce que lu di> i.i.
En quoi? Je constate ce qui est. Quiespères-lu tromper? Les sentimenis que lu affiches sont contradictoires à ta fonction. Si lu éprouvais réellement ces