SCENE IX FRIDA, AWDOTIA
Gotlieb se retire après avoir introduit Awdotia, Frida court au devant d'elle pour l'embrasser.
AWDOTIA, en robe noire, en mante noire; elle arrête Frida du geste.
Jurez-moi d'abord, Frida, que ce n'est point une étrangère que je retrouve et que la demoiselle d'honneur de la princesse royale est toujours la généreuse enfant que j'ai connue à Paris.
FRIDA
En doutez-vous, ma mère?
AAVDOTIA.
Ainsi, il est toujours vrai que vous avez pitié des opprimés?
FIIIDA.
De tout mon cœur.
AWDOTIA.
Que vous les aimez plus que tout au monde ?
FRIDA
Je le crois.
AWDOTIA.
Et que vous seriez capable de vous sacrifier tout entière à la sainte cause?
FRIDA, un peu inquiète.
Je l'espcre.
AWDOTIA.
Alors, venez.
Elle effleure d'un baiser le front de Fri>la.
Mais vous, qu'êtes-vous devenue depuis que nous nous sommes quittées? Comment étes-vous venue à Marbourg? Comment y avez-vous vécu?
AWDOTIA.
J'ai fait la classe à des enfants, et les pauvres mon* nourrie... Mais quest-ce que cela fait? J'ai pu vivre, puisque me voici. Il s'agit de bien autre chose !
FRIDA, do plus en plus inquiète.
Je vous écoute, ma mère.
AWDOTIA, les yeux fous, martelant les mots.
Le moment est venu d'agir... Le peuple a tant souffert qu'il est prêt... Plus tôt que je n'aurais cru... Jamais l'occasion ne sera meilleure... Le peuple, enfin, touche du doigt son rêve... Qu'y a-t-il entre son rêve et lui? Rien, presque rien. Il n'y a derrière le prince Ilermann qu'un enfant rachitique et ce misérable Otto, méprisé même des siens. Supposez qu'Hermann disparaisse : de lui-même, le trône croule... Il faut qu'Hermann disparaisse... Voilà ce que j'avais à vous dire.
(Elle tire do dessous sa mante un revolver et le pose sur une table.)
Le peuple a condamné Hcrmann à cause de sa dernière