‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 62 sur 225 · SCENE IX FRIDA, AWDOTIA · texte numérisé non relu

SCENE IX FRIDA, AWDOTIA

Gotlieb se retire après avoir introduit Awdotia, Frida court au devant d'elle pour l'embrasser.

AWDOTIA, en robe noire, en mante noire; elle arrête Frida du geste.

Jurez-moi d'abord, Frida, que ce n'est point une étrangère que je retrouve et que la demoiselle d'honneur de la princesse royale est toujours la généreuse enfant que j'ai connue à Paris.

FRIDA

En doutez-vous, ma mère?

AAVDOTIA.

Ainsi, il est toujours vrai que vous avez pitié des opprimés?

FIIIDA.

De tout mon cœur.

AWDOTIA.

Que vous les aimez plus que tout au monde ?

FRIDA

Je le crois.

AWDOTIA.

Et que vous seriez capable de vous sacrifier tout entière à la sainte cause?

FRIDA, un peu inquiète.

Je l'espcre.

AWDOTIA.

Alors, venez.

Elle effleure d'un baiser le front de Fri>la.

Mais vous, qu'êtes-vous devenue depuis que nous nous sommes quittées? Comment étes-vous venue à Marbourg? Comment y avez-vous vécu?

AWDOTIA.

J'ai fait la classe à des enfants, et les pauvres mon* nourrie... Mais quest-ce que cela fait? J'ai pu vivre, puisque me voici. Il s'agit de bien autre chose !

FRIDA, do plus en plus inquiète.

Je vous écoute, ma mère.

AWDOTIA, les yeux fous, martelant les mots.

Le moment est venu d'agir... Le peuple a tant souffert qu'il est prêt... Plus tôt que je n'aurais cru... Jamais l'occasion ne sera meilleure... Le peuple, enfin, touche du doigt son rêve... Qu'y a-t-il entre son rêve et lui? Rien, presque rien. Il n'y a derrière le prince Ilermann qu'un enfant rachitique et ce misérable Otto, méprisé même des siens. Supposez qu'Hermann disparaisse : de lui-même, le trône croule... Il faut qu'Hermann disparaisse... Voilà ce que j'avais à vous dire.

(Elle tire do dessous sa mante un revolver et le pose sur une table.)

Le peuple a condamné Hcrmann à cause de sa dernière

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